Un minuscule village blanchi à la chaux au sommet d'une colline, ceint de remparts médiévaux en pierre et couronné d'un château, perché sur un haut piton de granit au-dessus d'une vaste plaine verte à Marvão, Alentejo, Portugal.
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Marvão

"D'ici-haut on voit le pays voisin, et peu de raisons de quitter celui-ci."

On aperçoit Marvão bien avant d’y arriver, ce qui est précisément le but : il fut bâti pour être vu et pour voir. Le village est posé sur un éperon de granit à près de neuf cents mètres dans la Serra de São Mamede, dernier souffle de hauteur avant que l’Alentejo ne s’aplanisse vers l’Espagne, et la route de montée serpente parmi les chênes-lièges et les châtaigneraies d’une manière qui rend l’arrivée méritée. Nous sommes venus en fin d’après-midi, et le soleil bas teintait les maisons chaulées de la couleur d’un thé léger. Tout le lieu tient à l’intérieur de ses remparts, avec de la place de reste pour quelques centaines d’habitants et un très grand nombre de chats.

Les Remparts et la Vue par-delà

La première chose que l’on fait à Marvão, c’est arpenter les remparts, et l’on a raison. Les murs font tout le tour du piton, et à l’extrémité ouest le château ancre l’ensemble, masse austère de granit du XIIIe siècle avec une citerne, un donjon et un vent qui a failli emporter le chapeau de Lia jusqu’en Espagne. Car voilà ce que l’on voit de là-haut : l’Espagne, ou du moins la longue étendue brune de l’Estrémadure, et derrière soi le velours côtelé vert de l’Alentejo, parsemé des silhouettes pâles de villages lointains. L’écrivain José Saramago disait que de Marvão on voit toute la terre, et debout sur le donjon, les martinets fendant l’air sous nous, je l’ai compris comme un fait tout simple et non comme une fioriture.

À l’intérieur des murs, le village est presque absurdement intact. Ruelles de granit à peine assez larges pour un âne, portails manuélins, jardinières débordant de géraniums, une minuscule place centrale avec une église et une croix de pierre. Aucun amas de boutiques de souvenirs, aucun parking d’autocars déversant des foules. Nous avons croisé plus de chats que de touristes. Une femme balayait son seuil et hochait la tête ; un vieil homme en casquette plate nous a regardés passer sans grand intérêt. C’est un lieu vrai qui se trouve être beau, et non un beau lieu feignant d’être vrai.

Ruelle étroite pavée de granit entre des maisons chaulées en pierre aux jardinières pleines de géraniums, à l'intérieur du village fortifié de Marvão, Alentejo.

Châtaignes, Ragoûts et la Ville Romaine en Contrebas

Nous avons passé la nuit, ce que je recommande, car les visiteurs d’un jour repartent vers six heures et le village devient entièrement le vôtre. Le dîner fut dans un petit endroit près de la place : un épais ragoût alentejan de porc et de palourdes, une açorda lourde d’ail, de coriandre et de pain, et un pichet de rouge que le patron versait sans demander si l’on en voulait davantage. À l’automne, les collines alentour donnent des châtaignes, et le village leur consacre une fête chaque novembre, les grillant dans les ruelles et les arrosant de jeropiga, un moût doux et muté qui monte à la tête plus vite qu’on ne s’y attend.

Vue depuis le donjon du château de Marvão sur une vaste plaine de champs verts et bruns s'étirant vers des collines lointaines à la frontière espagnole.

En contrebas de la montagne s’étendent Ammaia, les ruines d’une véritable ville romaine avec un petit musée, des mosaïques et les bases des colonnes du forum dressées dans un champ de fleurs sauvages. Nous les avons eues entièrement pour nous un mardi matin, ce qui a tenu du petit larcin commis au reste du monde.

Quand y aller : au printemps pour les fleurs sauvages sur toute la serra, ou en novembre pour la fête de la châtaigne et la première fumée de bois dans l’air. Les jours d’été peuvent être féroces sur le piton exposé ; les soirées, là-haut, sont toujours fraîches.