Route des Champs de Glace
"On ne conduit pas la route des Champs de Glace pour aller quelque part. On la conduit parce que la route elle-même est l'argument pour être en vie."
Je suis parti de Banff à l’aube par une matinée de septembre qui avait gelé pendant la nuit, et la route était suffisamment tranquille pour que je conduise les vingt premiers kilomètres sans croiser un autre véhicule. La vallée de la Bow s’ouvrait lentement devant moi, des montagnes des deux côtés, la rivière Bow coulant bleu-gris pâle entre des bancs de gravier saupoudrés de blanc. La radio s’est coupée après quinze minutes et je n’ai pas essayé de trouver du signal. Ce silence radiophonique a tenu pendant la majeure partie de la journée, ce qui semblait approprié — c’est une route qui réclame de l’attention, pas une toile de fond sonore.
La route des Champs de Glace parcourt 230 kilomètres du lac Louise vers le nord jusqu’à Jasper, et les concepteurs — qui l’ont tracée dans les années 1930 en utilisant des travailleurs au chômage pendant la Dépression — ont eu la sagesse de la rendre lente. La limite de vitesse est de 90 kilomètres à l’heure, les belvédères sont fréquents, et quiconque la conduit sans s’arrêter à chaque deuxième point de vue ne comprend pas à quoi sert la route. Le trajet peut techniquement être fait en trois heures. J’en ai pris neuf, et cela m’a quand même semblé précipité.

Le lac Peyto est la photographie qui accroche les personnes qui ne sont pas allées en Alberta — cette extraordinaire forme de tête de loup d’eau turquoise profonde vue d’en haut, entourée de forêt d’épicéas, encadrée par des pics. Le belvédère est bondé à 9h n’importe quel jour d’été. Mais à 7h par une matinée de septembre il y avait peut-être douze personnes à la rambarde, et le lac tenait une fine brume sur sa surface qui se dissipait lentement pendant que je regardais. La couleur du lac Peyto dans cette lumière — un vert tellement saturé qu’il semble éclairé de dessous — est le genre de chose qui produit une crise spécifique de vocabulaire où aucun adjectif disponible ne semble adéquat.
Le champ de glace Columbia, approximativement au point médian, est le plus grand champ de glace des Montagnes Rocheuses au sud de l’Alaska. Le glacier Athabasca en descend et atteignait autrefois la route. Ce n’est plus le cas — des repères le long du sentier indiquent où se trouvait le front du glacier en 1890, en 1920, en 1950, à chaque décennie depuis, et le recul se mesure en centaines de mètres. Debout devant le front actuel du glacier, touchant de la glace qui se comprime depuis avant la Révolution française, les chiffres climatiques abstraits sur un écran deviennent quelque chose qu’on peut toucher de la main.

Au nord du champ de glace, la route entre dans la haute vallée du Sunwapta et le caractère change légèrement — les montagnes deviennent plus grandes et la vallée plus étroite et la forêt d’épicéas se referme. Les chutes du Sunwapta apparaissent sans prévenir, un court sentier depuis la route jusqu’à un canyon où la rivière Sunwapta descend en deux étapes à travers une fente de calcaire brun. Le son est la première chose — un grondement basse profond qu’on ressent dans la poitrine avant de rien voir. Puis l’embruns, assez froid pour faire reculer d’un pas. J’ai déjeuné sur un rocher au-dessus des chutes supérieures et regardé une famille essayer d’obtenir la photo de famille parfaite, ce qui a pris vingt minutes et a probablement impliqué des disputes plus tard.
La route se termine, ou commence selon la direction, à Jasper, et les wapitis étaient dans les prairies à l’extérieur de la ville quand je suis arrivé, broutant dans la lumière grise du soir avec l’indifférence tranquille d’animaux qui n’ont aucune raison de bouger pour quoi que ce soit.
Quand y aller : De mi-juin à septembre pour l’expérience complète avec tous les belvédères accessibles. Septembre est optimal — peu de circulation, les mélèzes d’octobre visibles depuis la route près du lac Louise, et la lumière a cette clarté froide particulière du début de l’automne. La route reste ouverte toute l’année pour la conduite hivernale, bien que les chaînes ou les pneus d’hiver soient requis. La conduire sous la neige, avec les sommets enveloppés et les fonds de vallée blancs, est une expérience entièrement différente et tout aussi valable.