La montagne qui exige quelque chose de vous
Chimanimani repousse ceux qui ne s’engagent pas. Il y a une route jusqu’à la petite ville de Chimanimani, dans les Eastern Highlands, et un camp de base à Mutekeswane, mais les montagnes elles-mêmes — le parc national de Chimanimani, le massif de quartzite qui forme la frontière avec le Mozambique — ne se rejoignent qu’à pied. Aucun véhicule à l’intérieur. Aucun lodge. On porte tout à l’aller et tout au retour, et les montagnes se donnent ou se refusent selon le temps et selon votre attention.
J’y suis entré avec un porteur-guide nommé Farai, qui travaillait sur ces sentiers depuis les années 1990 et communiquait surtout par une série de silences précis et de remarques occasionnelles adressées au paysage plutôt qu’à moi. Il a fallu trois heures pour atteindre le refuge de montagne. La première heure est assez raide pour vous obliger à négocier en privé avec votre propre condition physique. Après quoi le quartzite s’ouvre sur quelque chose d’extraordinaire : des plateaux de roche blanche, une végétation basse et rabotée par le vent, des taches de protéas, d’hélichryses et de plantes qui semblent appartenir à un lieu bien plus froid et plus humide.
De l’eau partout
Le bassin versant de Chimanimani alimente des rivières au Zimbabwe comme au Mozambique, et le résultat, dans les vestiges de la saison humide, c’est de l’eau sur chaque versant de la montagne. Des ruisseaux coulent, limpides, sur le quartzite, assez froids pour véritablement vous saisir quand vous y plongez la main. Sous certaines chutes, des bassins sont assez profonds pour s’y baigner — celui que Farai m’a montré exigeait une petite escalade le long d’une paroi rocheuse et un acte d’engagement pour y entrer, car le froid vous coupe le souffle au contact.
Les ruisseaux signifient aussi des papillons. Je ne me suis jamais beaucoup soucié des papillons dans l’abstrait, mais les machaons et divers nymphalidés qui fréquentent la végétation des cours d’eau de Chimanimani sont assez grands et assez nombreux pour s’imposer comme un phénomène physique — des éclats de couleur à chaque bassin, posés sur les rochers mouillés, s’élevant en nuages diffus quand on les dérange.
La frontière et au-delà
Le bord oriental du parc est la frontière internationale, et certains sentiers passent au Mozambique sans cérémonie ni formalité. Farai me l’a indiqué d’un léger mouvement de tête à un moment, le deuxième jour : « Mozambique. » Nous avions marché dans les deux pays sans que cela paraisse un grand événement, ce qui me semblait à peu près juste. La montagne se moque de la ligne.
Le refuge de nuit — le Martin Falls Hut, au centre du plateau — est une structure de pierre qui couche vingt personnes sur des plateformes de bois et possède une cheminée pour laquelle j’ai éprouvé une profonde gratitude quand la température est descendue à un niveau exigeant une sérieuse contemplation après la tombée de la nuit. D’autres groupes arrivent, se dispersent dans leurs coins, parlent à voix basse. Le refuge a l’atmosphère d’une adversité partagée, ce qui n’est pas désagréable.
La ville en contrebas
La ville de Chimanimani est petite et a une offre de maisons d’hôtes qui reflète sa position de porte d’entrée pour les voyageurs indépendants et ceux qui ont passé quelques jours en montagne : rudimentaire, vraiment accueillante, orientée vers la logistique de randonnée. Une bière fraîche après trois jours en montagne atteint une clarté d’intention que je recommande.
Quand y aller : Juin et juillet offrent les ciels les plus dégagés et les conditions les plus fiables pour le plateau. Août et septembre restent bons. Mars et avril portent l’héritage des dégâts du cyclone Idai en 2019 — des glissements de terrain ont modifié certains sentiers, vérifiez les conditions actuelles avant de partir. La saison humide (novembre-février) apporte une végétation luxuriante et des cascades à plein débit, mais les orages de l’après-midi sur le quartzite exposé exigent du respect.