La Pyramide du Devin à Uxmal s'élevant au-dessus de la jungle du Yucatán, sa forme ovale inhabituelle se détachant sur un ciel de soir, les treillis de pierre sculptés visibles sur le temple supérieur
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Uxmal

"Chichén Itzá a le nom. Uxmal a le métier."

La plupart des visiteurs du Yucatán vont jusqu’à Chichén Itzá mais pas jusqu’à Uxmal. Les raisons sont logistiques — Chichén Itzá se trouve sur l’autoroute principale entre Mérida et Cancún, tandis qu’Uxmal exige un détour délibéré de 80 kilomètres au sud de Mérida, dans les collines Puuc — et ces raisons sont une erreur. Uxmal est, selon presque tous les critères architecturaux, le site le plus raffiné : sa taille de pierre est parmi les plus sophistiquées de toute l’architecture précolombienne, son plan est d’une lisibilité spectaculaire, et un matin de semaine on peut avoir des esplanades entières presque pour soi.

La Pyramide du Devin

La première chose que l’on voit en entrant sur le site, c’est la Pyramide du Devin, et elle est d’emblée étrange. Contrairement aux pyramides carrées et à degrés de la plupart des sites mayas, celle-ci a une base elliptique — des extrémités arrondies et des flancs courbes — ce qui lui donne une silhouette organique, presque musculaire, contre le ciel. Elle s’élève à 35 mètres en cinq phases de construction étalées sur quatre siècles, chaque nouvelle pyramide enveloppant la précédente.

J’ai fait le tour de sa base pendant vingt minutes avant d’aller où que ce soit d’autre, en essayant de comprendre la géométrie sous différents angles. Le parement de pierre est encore assez net pour que l’on distingue chaque bloc et la manière dont ils ont été ajustés. Pas de mortier — pure précision de la taille et de la pose.

Le Quadrilatère des Nonnes

Derrière la Pyramide du Devin, une arche en encorbellement mène au Quadrilatère des Nonnes : quatre bâtiments allongés disposés autour d’une cour rectangulaire parfaite. Les façades des registres supérieurs sont couvertes de panneaux en mosaïque de pierre — entrelacs géométriques, motifs de serpents, masques empilés de Chaac, le dieu de la pluie — qui se déroulent sans interruption sur des centaines de mètres. Uxmal n’avait pas de cénotes et dépendait entièrement de l’eau de pluie collectée, ce qui donne soudain tout son sens à la présence obsédante de Chaac sur la moindre surface disponible. Ces bâtiments sont des prières de pierre, adressées à la source même de la survie.

Le détail du travail de mosaïque est le genre de chose qui vous fait ralentir malgré vous. Je n’arrêtais pas de m’arrêter pour examiner des sections — le corps d’un serpent qui parcourt toute la longueur d’un bâtiment, une porte flanquée de masques de divinités empilés, chacun légèrement différent des autres — et de perdre la notion du temps.

Le Palais du Gouverneur

Le Palais du Gouverneur est ce que beaucoup d’archéologues considèrent comme le plus bel édifice de toute la Mésoamérique précolombienne, et passer une heure devant lui donne une idée des raisons pour lesquelles cette affirmation est prise au sérieux. C’est une structure longue et basse posée sur une plateforme surélevée, avec une façade de 100 mètres couverte d’un travail de mosaïque complexe — environ 20 000 pierres taillées individuellement — et une porte parfaitement centrée alignée sur le lever de Vénus à l’horizon.

L’alignement sur Vénus n’avait rien d’accidentel. Les Mayas suivaient le cycle de la planète avec une précision qui humilie la plupart des astronomes ultérieurs. Le Palais du Gouverneur est positionné de telle sorte que, le jour précis où Vénus se lève à son point le plus austral, on peut la voir depuis la porte centrale directement au-dessus d’une stèle sur l’esplanade en contrebas. Je m’étais renseigné avant la visite, puis je me suis tenu à la porte et j’ai tenté d’habiter l’ampleur de pensée qu’il fallait pour planifier cela.

Son et lumière

Le site propose un spectacle son et lumière la plupart des soirs, et même s’il s’agit absolument d’une production touristique, avec narration dramatique et lumières colorées illuminant la Pyramide du Devin, il n’en est pas moins véritablement émouvant. La Pyramide la nuit, éclairée d’ambre et de bleu, avec la jungle sombre tout autour et les chauves-souris fendant l’air au-dessus de l’esplanade, est une expérience à part entière.

Quand y aller : De novembre à février pour les températures les plus supportables et une faible humidité. Le site ouvre à 8 heures et est à son plus tranquille les matins de semaine, avant l’arrivée des groupes en provenance de Mérida vers 10 heures. Le spectacle son et lumière a lieu toute l’année ; vérifiez les horaires en cours à l’entrée du site.