Brattleboro
"La ville qui vous rappelle que le Vermont ne se résume pas à ses feuilles d'automne."
Je suis arrivé à Brattleboro par le sud sur l’I-91 et j’ai tout de suite été frappé par son absence de mise en scène. La plupart des villes du Vermont qui ont une réputation se sont arrangées pour votre arrivée — l’église blanche, la pelouse communale, les érables tout à fait corrects. Main Street à Brattleboro est plus pentue et plus urbaine que ça, ses devantures un mélange de bouquinistes, de galeries, d’une coopérative et d’un atelier de réparation de guitares, le tout légèrement usé sur les bords d’une manière qui m’a semblé honnête. Elle n’essaie pas d’être une destination. Elle l’est, tout simplement.
Main Street et son commerce singulier
Main Street descend vers la rivière Connecticut avec une inclinaison qui vous oblige à forcer un peu au retour, ce que j’ai fini par apprécier. La Brattleboro Food Co-op est le centre de gravité officieux de la ville — une coopérative alimentaire à grande échelle qui possède aussi un café à l’étage où, n’importe quel matin de semaine, vous trouverez un tableau de Vermontois qui défie toute catégorisation facile : des ébénistes, des informaticiens, et des gens qui ont l’air de tenir un atelier de céramique depuis 1978. Le café est bon. J’y suis resté trop longtemps.
Les librairies sont sérieuses. Brattleboro Books, sur Elliot Street, est un dédale de titres d’occasion organisés avec assez de logique pour qu’on trouve ce qu’on cherche, mais assez de chaos pour qu’on tombe sur ce qu’on n’attendait pas. J’en suis ressorti avec trois livres de poche et un guide de randonnée du Vermont des années 1960 que je n’utiliserai sans doute jamais mais que je n’ai pas pu laisser.
Le Gallery Walk a lieu le premier vendredi de chaque mois — plus de quarante lieux ouvrent leurs espaces simultanément, et la ville se remplit en début de soirée d’une manière qui semble réellement festive plutôt que festive-organisée. Lia avait repéré une céramiste qu’elle voulait retrouver, et nous avons passé deux heures à aller d’atelier en atelier dans le froid, ce qui s’est avéré l’une des meilleures soirées dont je me souvienne dans une ville de Nouvelle-Angleterre.
La rive de la Connecticut
Au bas de Main Street, la rivière Connecticut marque la frontière avec le New Hampshire, et la West River la rejoint depuis le nord juste en amont. Le confluent crée une bande de bord de l’eau que Brattleboro a judicieusement préservée en espace public — le parc de la Marina, Memorial Park et le sentier du vieux pont ferroviaire. En été, les trous d’eau le long de la West River sont une institution locale, froids, ombragés de vert, et exactement ce qu’un après-midi de juillet réclame.
La Retreat Farm, juste au nord du centre-ville, offre une promenade dans une prairie le long de la West River qui est l’un des plaisirs les plus tranquilles de ce coin du Vermont — du bétail dans les pâturages, la rivière qu’on entend à travers les arbres, et une ferme dont l’histoire d’innovation agricole rend les Vermontois fiers pour des raisons qui deviennent évidentes dès qu’on commence à regarder.
Là où les artistes sont allés
Brattleboro possède une communauté artistique authentique plutôt que façonnée, née en partie de la tradition des écoles d’art de Nouvelle-Angleterre et en partie du caractère abordable de la ville par rapport aux destinations plus célèbres du Vermont. Le Vermont Center for Photography propose des expositions qui valent le détour. Le Hooker-Dunham Theater met en scène des spectacles dans une ancienne église. Le Latchis Theater est un cinéma Art déco de 1938 qui projette des films récents sous des fresques d’origine — le genre d’endroit pour lequel on ferait quarante minutes de route pour le soutenir.
Côté restauration, ça penche vers l’indépendant et le sincère. Whetstone Station est la brasserie du bord de l’eau, un vaste espace réaménagé avec une terrasse extérieure qui donne sur la Connecticut et le New Hampshire de l’autre côté. Les burgers sont bons, la bière est locale, et par un après-midi dégagé, la terrasse est exactement là où l’on veut être.
Quand y aller : Brattleboro fonctionne en toute saison mais mérite une mention particulière en automne — la vallée de la Connecticut s’embrase de couleurs et la ville est moins prise d’assaut que Woodstock ou Stowe. L’été apporte la série de concerts en plein air et la baignade en rivière. L’hiver est calme mais la ville ne ferme pas comme les destinations purement consacrées au ski. Le Gallery Walk fait du premier vendredi un moment à planifier toute l’année.