Des bâtiments coloniaux danois jaunes à arcades bordant le front de mer de Christiansted, St. Croix
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Christiansted

"Les arcades vous obligent à ralentir. C'est là que la ville vous tient."

St. Croix est la plus grande des îles Vierges américaines et la moins visitée, ce qui est son avantage particulier. Christiansted, la ville principale de la côte nord, possède le genre d’architecture coloniale qui fait perdre leur sang-froid aux historiens de l’architecture — des bâtiments danois peints en jaune avec des arcades couvertes au rez-de-chaussée, des balcons en fer forgé, des toits rouges, un petit port avec des pélicans pêchant depuis la jetée. On dirait que quelqu’un a conçu le décor d’un très bon drame historique et a ensuite oublié de le démonter.

Arpenter les arcades

Le trait déterminant de l’ensemble urbain de Christiansted, c’est l’arcade — des passages couverts intégrés aux rez-de-chaussée des bâtiments coloniaux qui bordent les rues principales. Les Danois les ont imposées pour que l’on puisse marcher de boutique en boutique sans cuire au soleil, et elles fonctionnent encore exactement comme prévu. J’ai passé un après-midi à parcourir toute la longueur de King Street à l’ombre, à regarder dans les boutiques et restaurants ouverts sur la rue, à écouter le mélange d’anglais, d’espagnol et de créole crucien qui s’échappe des portes. La pierre sous les pieds est inégale à force de siècles de passage, et légèrement fraîche même en pleine chaleur de midi.

Les bâtiments sont bien entretenus sans être sur-restaurés — on voit l’âge dans l’usure des chambranles, la peinture délavée, la façon dont certaines ferronneries ont été réparées avec un métal légèrement différent. L’échelle paraît juste : des bâtiments de quatre étages tout au plus, rien de trop grandiose, rien de trop délabré. C’est une ville bâtie pour être utilisée, pas admirée.

Le Fort Christiansvaern

Le fort jaune au bord du port est l’une des structures militaires coloniales danoises les mieux conservées des Caraïbes. Le National Park Service le gère avec une retenue inhabituelle — les panneaux d’interprétation reconnaissent le rôle du fort dans l’asservissement et le contrôle des gens qui faisaient tourner l’économie sucrière de St. Croix. J’ai parcouru les quartiers des officiers, les batteries de canons donnant sur le port, les cellules en contrebas où les personnes réduites en esclavage étaient punies. La complexité ne se résout pas. Le fort est beau et il a servi à des choses terribles, et ces deux faits cohabitent sans s’annuler.

La scène culinaire qui se cache à la vue de tous

Christiansted a développé une scène culinaire qui serait remarquable n’importe où. Le bar du Company House Hotel sert un rhum punch plus sophistiqué qu’il n’en a l’air — citron vert frais, sucre de canne, un rhum Cruzan qui a le goût de la vanille et du soleil. Quelques pâtés de maisons à l’intérieur des terres, une Haïtienne tient un comptoir de déjeuner dans ce qui semble être son salon, servant du griot et du diri kole avec l’efficacité tranquille de quelqu’un qui n’a pas besoin de votre approbation. C’est Lia qui a déniché l’endroit ; je serais passé devant trois fois.

Le marché paysan du samedi se tient le long du front de mer et vend des produits locaux — corossol, fruit de l’arbre à pain, carambole si mûre que l’odeur porte à vingt mètres — aux côtés de plats chauds, de sauces piquantes maison dans des bouteilles sans étiquette, et d’une femme vendant des sugar cakes sortis d’une glacière.

Trouver le bon tempo

Christiansted récompense la lenteur. La meilleure façon de la vivre, c’est de descendre dans l’un des petits hôtels du quartier historique, de marcher ailleurs chaque matin, de déjeuner là où ça semble bien, et de passer les après-midi dans les arcades ombragées à attendre que la chaleur retombe. La ville ne se presse pas. Vous non plus.

Quand y aller : de janvier à mars pour le temps le plus sec et le plus frais. Le Carnaval de St. Croix s’étend de fin décembre à début janvier avec l’une des énergies festives les plus authentiques des îles. Évitez septembre et octobre, mois de pointe des ouragans. La ville se parcourt à pied et reste gérable toute l’année comparée à des îles plus fréquentées.