Un couteau de chasse gravé de Zlatooust, ouvragé, exposé sur du velours sombre, sa lame ciselée d'une scène de forêt de l'Oural en or et noir, la lumière accrochant les détails sculptés à la main
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Zlatooust

"Ici, on fabriquait des armes. Puis on a rendu les armes trop belles pour servir. Puis on en a fait de l'art. C'est une trajectoire raisonnable."

Zlatooust signifie Bouche d’Or en russe — nommée d’après saint Jean Chrysostome, patron des orfèvres, ironie quand on sait que la spécialité de la ville s’est avérée être l’acier. La cité occupe une vallée étroite du sud de l’Oural, là où la rivière Aï tranche à travers les montagnes, et la topographie est spectaculaire à la manière dont le sont souvent les villes industrielles nichées dans des vallées de montagne : des bâtiments d’usine grimpant aux flancs des collines, un réservoir surplombant la rue principale, des crêtes boisées encadrant le tout.

Les lames

Zlatooust produit des armes blanches depuis 1815, quand la Manufacture d’armes fut établie pour approvisionner l’armée russe. Les artisans venus de Solingen et de Klingenthal en Allemagne y ont introduit des techniques de métallurgie occidentales, et quelque chose s’est produit dans la collision avec les traditions locales : les gravures sur les lames sont devenues extraordinairement élaborées. Scènes de chasse, panoramas de batailles, paysages forestiers, portraits de tsars — tout cela réalisé dans une combinaison de dorure et de morsure à l’acide qui produit une qualité de trait approchant celle de la plus fine gravure d’estampe.

Le Musée d’histoire de la ville possède une collection de ces pièces couvrant deux cents ans, et c’est véritablement stupéfiant. Un couteau de chasse de 1820 avec une scène de chasse à l’ours dans les forêts de l’Oural, gravée si finement qu’il faut une loupe pour distinguer les arbres un à un. Des sabres militaires offerts à des généraux, leurs fourreaux aussi ouvragés que les lames. Le travail s’est poursuivi tout au long de l’ère soviétique, quand l’imagerie a basculé vers les usines, les plans quinquennaux et les portraits de Lénine exécutés dans la même technique méticuleuse — une application surréaliste d’une forme d’art tsariste.

L’artisanat vivant

Plusieurs ateliers de Zlatooust pratiquent encore la gravure traditionnelle. On peut visiter, observer et acheter — les pièces vont des petits poignards décoratifs à prix abordables aux pièces d’apparat élaborées qui coûtent autant qu’une voiture d’occasion correcte. J’ai regardé un artisan travailler pendant une demi-heure, sa loupe sur un support, ses outils disposés dans un ordre précis, la lame serrée dans un étau de bois. Le son était un léger tic-tac, métal contre métal, presque méditatif. Il faisait ça depuis trente-quatre ans.

Les boutiques touristiques autour de la place principale vendent des versions de moindre qualité fabriquées à la machine. Ce n’est pas la même chose, et la différence est immédiatement visible — la qualité du trait est mécanique, l’imagerie générique. Bon à savoir avant d’acheter.

La vallée en hiver

Je suis allé à Zlatooust en février, ce qui n’est, je le soupçonne, pas le premier choix de la plupart des gens. C’était à la fois une erreur et une réussite. La température était de moins dix-huit, le genre de froid qui fait craquer l’air quand on respire, mais la vallée de l’Aï sous la neige était belle d’une manière sans concession — le blanc du réservoir gelé, le sombre des épicéas au-dessus des toits d’usine, la fumée montant droit des cheminées dans l’air immobile.

La station de ski locale, Ouralé, se trouve juste à la sortie de la ville et possède une descente authentiquement verticale aux standards de l’Oural. Le télésiège est d’époque soviétique et lent. Les pistes sont verglacées et rapides. J’y suis allé deux fois, et la seconde était meilleure parce que j’avais cessé d’être surpris par le froid et commencé à prêter attention à la forêt de part et d’autre de la piste.

Comment s’y rendre

Zlatooust est sur la grande ligne ferroviaire trans-ouralienne entre Oufa et Tcheliabinsk. C’est aussi le point de départ pour le parc national de Taganaï — l’entrée principale du parc est à quinze minutes de voiture ou à une longue marche du centre-ville. La combinaison de la ville et du parc fait de Zlatooust une étape naturelle de deux à trois jours sur un itinéraire dans le sud de l’Oural.

Quand y aller : Septembre et octobre pour l’alliance des couleurs automnales de la forêt et de l’accès complet à la fois à la culture artisanale de la ville et aux sentiers du Taganaï. Février et mars pour les sports d’hiver et le paysage hivernal spectaculaire de la vallée. Juillet et août si vous utilisez surtout Zlatooust comme base pour le Taganaï.