Sir Bani Yas est une histoire de conservation déguisée en île de luxe — et c’est la plus intéressante des deux. Dans les années 1970, le cheikh Zayed — père fondateur des Émirats, un homme qui plantait des arbres dans le désert avec la conviction de quelqu’un qui croit que la terre ne doit rien à la géographie — a transformé cette île désertique et aride en sanctuaire animalier. Il a planté des millions d’arbres. Il a introduit des espèces venues d’Arabie et d’Afrique. Il a bâti, en somme, une arche.
Aujourd’hui, le Parc de faune sauvage arabique couvre la moitié de l’île et abrite plus de 17 000 animaux, dont l’oryx d’Arabie — une espèce qui avait pratiquement disparu à l’état sauvage avant que des programmes d’élevage comme celui-ci ne la ramènent — aux côtés de gazelles des sables, de girafes et de guépards. Les safaris en 4x4 à travers l’île ont quelque chose de profondément irréel. On est aux Émirats, sur une île du Golfe arabique, à regarder des girafes se déplacer sur fond d’eau turquoise et de broussaille désertique. La dissonance cognitive fait partie de l’expérience.

L’autre moitié de l’île appartient aux complexes hôteliers — les propriétés Anantara proposent un luxe désertique avec du kayak dans les mangroves, du tir à l’arc, des initiations à la fauconnerie et du vélo de montagne. La fauconnerie vaut le détour même si les oiseaux vous laissent d’ordinaire indifférent, parce que le fauconnier émirati qui animait la séance à laquelle j’ai assisté parlait de la relation entre un fauconnier et son oiseau avec l’intensité de quelqu’un qui décrit un mariage. Le faucon se pose sur votre bras ganté, vous fixe d’un œil qui voit quatre fois mieux que le vôtre, et vous comprenez pourquoi c’est l’oiseau national, et pourquoi la fauconnerie ici n’est pas un passe-temps mais une identité.
Un monastère chrétien datant du VIIe siècle a été découvert sur l’île en 1992 — preuve d’une communauté nestorienne qui remet en question l’idée d’une histoire exclusivement islamique dans la région. Les ruines sont modestes — des fondations, des fragments d’enduit portant de fines croix — mais leur présence sur cette île, dans cette partie du monde, réécrit l’histoire du Golfe d’une façon que l’on commence à peine à comprendre.

La plongée avec masque et tuba au large est étonnamment bonne, avec des tortues imbriquées qui se nourrissent dans les herbiers marins. J’ai passé un après-midi à flotter dans une eau assez chaude pour s’y endormir, à regarder une tortue brouter sous moi avec la patience sans hâte d’un animal qui fait la même chose depuis cent millions d’années.
Quand y aller : D’octobre à avril pour observer la faune et pratiquer les activités nautiques dans de bonnes conditions. L’île se vit idéalement sur deux à trois jours — un pour le safari animalier, un pour l’eau, un pour ne rien faire du tout.