The illuminated Sharjah Museum of Islamic Civilization along the Corniche at night
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Sharjah

"L'émirat qui a choisi les livres plutôt que les gratte-ciel."

Sharjah est la réponse des Émirats à la question de ce qui se passe quand la richesse pétrolière finance la culture plutôt que le spectacle, et la réponse s’avère être l’une des expériences les plus intéressantes du Moyen-Orient. Nommé Capitale culturelle du monde arabe par l’UNESCO, l’émirat a investi dans les musées avec la même ferveur que Dubaï met dans les tours. Les résultats sont plus discrets mais, j’oserais le dire, plus durables.

Le Musée de la civilisation islamique de Sharjah abrite l’une des plus belles collections d’art, de science et de calligraphie islamiques du Golfe. Les salles qui expliquent le génie mathématique derrière les motifs d’arabesque ont changé pour toujours ma façon de percevoir la géométrie — l’idée que ces motifs ne sont pas décoratifs mais mathématiques, qu’ils représentent l’infini rendu visible, m’a habité pendant des semaines. Les instruments astronomiques à eux seuls valent le déplacement : astrolabes et globes célestes d’une époque où le monde islamique était le centre de la recherche scientifique.

Islamic art and calligraphy inside a museum gallery

Le projet de restauration Cœur de Sharjah est le geste culturel le plus ambitieux de la ville — transformer le centre-ville historique en un quartier patrimonial piétonnier de bâtiments en pierre de corail, de souks traditionnels et d’espaces d’art. À s’y promener le soir, quand la lumière est basse et que les bâtiments restaurés rougeoyent contre le ciel qui s’assombrit, on perçoit ce que devaient ressentir les villes du Golfe avant le boom pétrolier : compactes, marchandes, construites pour l’ombre et la conversation.

La Fondation artistique de Sharjah accueille une biennale qui attire l’attention internationale, ses expositions dispersées entre des cours restaurées et des galeries conçues à cet effet. Je me suis retrouvé dans une installation d’un artiste bahreïni qui utilisait le son et le sel pour évoquer l’histoire de la pêche aux perles dans le Golfe, et c’était le genre d’art qui n’a de sens que dans le lieu où il a été créé. Le Souk Bleu — officiellement le Marché central — est un monument architectural où l’on vend tapis, bijoux et parfums. Les marchands de tapis ici ont la connaissance encyclopédique de gens qui ont passé des décennies à manier les textiles, et une conversation sur un kilim baloutche peut durer une heure si on la laisse aller.

Heritage buildings and art galleries in the Heart of Sharjah district

Sharjah est sec — aucun alcool n’est servi nulle part dans l’émirat — ce qui maintient une atmosphère familiale et des soirées tranquilles qui semblent rafraîchissantes après le marketing incessant de la vie nocturne de Dubaï. Le festival littéraire, organisé chaque année, attire des auteurs arabes et internationaux, et les librairies y proposent des titres introuvables dans le reste des Émirats.

Quand y aller : De novembre à mars pour des soirées fraîches idéales pour explorer les quartiers patrimoniaux à pied. Le Festival des Lumières de Sharjah en février illumine les bâtiments historiques de projections spectaculaires. Le vendredi matin est le meilleur moment pour les marchés traditionnels.