Le marché aux poissons et le port de Puerto Montt à l'aube, avec des bateaux de pêche amarrés au premier plan et le cône enneigé du Volcán Calbuco visible de l'autre côté de la baie
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Puerto Montt

"Tout voyage sérieux vers le sud passe par Puerto Montt. Ce n'est pas un compliment pour Puerto Montt, mais ce n'en est pas tout à fait l'inverse non plus."

La logique du seuil

Puerto Montt possède cette énergie particulière d’une ville qui sait à quoi elle sert. C’est le bout de la route panaméricaine, le terminus nord de la Carretera Austral, le point de départ du ferry Navimag qui traverse les fjords jusqu’à Puerto Natales, et la plus grande ville de la région des lacs chiliens avec environ 250 000 habitants. Ça bouge vite, ça sent la mer et les usines de transformation, et elle a l’intensité fonctionnelle d’un lieu où les gens arrivent sans cesse de quelque part et repartent pour ailleurs.

Lia et moi y avons passé trois nuits au début d’un plus long voyage vers le sud, ce qui est plus que la plupart des voyageurs ne lui accordent, et je dirais que c’était le bon choix. La ville récompense ceux qui ralentissent un peu — non pas au rythme d’une destination choisie pour elle-même, mais au rythme de quelqu’un qui regarde vraiment où il se trouve au lieu de la traiter comme un simple point de transit.

Le marché aux poissons d’Angelmó

Le quartier d’Angelmó, à l’extrémité ouest du front de mer, abrite un marché aux poissons qui fonctionne à la fois comme une véritable activité commerciale et comme une représentation involontaire de tout ce qui fait la spécificité de cette côte. Le matin est le bon moment pour y aller : des étals vendant des locos (ormeaux chiliens), des piures (ascidies), des oursins, du merlu, du congre, du saumon, et une douzaine de choses que je n’ai pas su identifier, le tout sur glace avec cette odeur précise d’océan très froid et très frais. Les marchandes — surtout des femmes — travaillent avec une vitesse et une efficacité qui laissent entendre qu’elles ne s’intéressent pas aux démonstrations théâtrales d’hospitalité, mais elles répondront à vos questions sur ce qu’est tel produit et comment le cuisiner si vous les leur posez directement plutôt qu’à travers un appareil photo.

Derrière les étals de poisson, le coin restauration propose des déjeuners bon marché et excellents : chupe de jaibas (gratin de crabe), ceviche aux machas locales (couteaux de mer), et caldillo de congrio — la soupe de poisson et de pommes de terre à laquelle Pablo Neruda a consacré une ode et qui justifie le poème une fois qu’on l’a mangée. J’y suis revenu deux fois.

Le Volcán Calbuco et le paysage alentour

Les jours clairs — et il y en a, même si la région des lacs a une réputation de ciel couvert — le volcán Calbuco est visible depuis la ville : un stratovolcan au cône presque parfait qui est entré en éruption de façon explosive en 2015, son panache visible depuis l’Argentine. Le volcan se dresse à portée de vue de l’autre côté de l’estuaire de Reloncaví et confère aux vues du port de Puerto Montt un drame particulier qui compense le caractère globalement industriel de la ville. L’estuaire de Reloncaví, au sud de la ville, abrite d’excellentes exploitations d’aquaculture de saumon et de moules visibles depuis le rivage — la géographie de fjords de cette côte la rend idéale pour la mariculture, présente partout et dont les habitants parlent avec un mélange de fierté économique et d’ambivalence environnementale.

La ville de Puerto Varas, à 20 kilomètres au nord sur les rives du Lago Llanquihue, est la voisine architecturalement plus soignée — une station balnéaire au bord du lac construite par des colons allemands à la fin du XIXe siècle, avec ses chocolateries, ses bières artisanales et une ligne de mire directe vers le volcan Osorno. Elle mérite une excursion d’une journée pour les vues sur le lac et pour le contraste : Puerto Varas met en scène avec application son héritage bavarois tandis que Puerto Montt n’a aucun héritage à mettre en scène et ne s’y essaie pas.

Le départ du Navimag

Le ferry Navimag relie Puerto Montt à Puerto Natales à travers 1 460 kilomètres de fjords chiliens — un voyage de quatre nuits par les canaux, le long de glaciers, en traversant le Golfo de Penas (qui porte bien son nom quand le temps est mauvais), jusqu’au Magallanes. J’ai fait le trajet et je le referais : c’est lent, la nourriture est fonctionnelle plutôt qu’inspirée, la cabine du pont inférieur est exactement aussi petite que ça en a l’air, mais le paysage à travers les canaux est ininterrompu et extraordinaire, et on passe des heures sur le pont à regarder la côte passer du fjord boisé au paysage patagon glaciaire. Réserver à l’avance est indispensable durant la saison estivale.

Quand y aller : Puerto Montt elle-même fonctionne toute l’année comme ville utile. Pour les correspondances de voyage — le ferry Navimag et la Carretera Austral — d’octobre à mars constitue la fenêtre pratique. La région des lacs autour de Llanquihue et de Todos los Santos est plus séduisante de novembre à mars pour la randonnée et les activités nautiques.