Val Venosta
"Trop sèche pour les Dolomites, trop verte pour le désert, trop intéressante pour s'expliquer en deux mots."
La vallée la plus sèche des Alpes
La Val Venosta — Vinschgau en allemand — reçoit environ 500 millimètres de pluie par an, moins de la moitié de la moyenne alpine européenne, ce qui explique qu’elle paraisse différente dès le premier kilomètre. Le fond de vallée est large et plat, l’Adige y coule à travers des vergers irrigués dans un paysage plus agricole qu’alpin. Les montagnes s’élèvent à pic des deux côtés, mais la vallée elle-même est nichée dans l’ombre pluviométrique créée par les massifs environnants, et la lumière y a une clarté, une netteté que l’on remarque sans parvenir à la nommer aussitôt.
La production de pommes est colossale. Le Haut-Adige produit environ 10 % des pommes d’Europe, et une part substantielle vient de la Val Venosta. Les vergers en avril sont saisissants — fleurs blanches d’un mur à l’autre du fond de vallée, l’odeur portée par l’air frais descendu des montagnes — et la récolte en septembre apporte à toute la vallée une douceur que l’on goûte avant même de la voir.
Des châteaux, au pluriel
La Val Venosta compte plus de châteaux médiévaux au kilomètre que presque partout ailleurs où je suis allé en Europe. Ils trônent sur chaque éperon rocheux, chaque colline défendable au-dessus de la vallée : Churburg à Sluderno, Juval (la demeure-musée privée de Reinhold Messner), les ruines de Lichtenberg au-dessus de Laces, le Castel Coira près de Glorenza. La plupart sont ouverts aux visiteurs l’été ; plusieurs ont des billetteries tenues par des gens qui, manifestement, comptaient sur votre venue.
Churburg est celui qu’il ne faut pas manquer. Il appartient à la même famille aristocratique — les Trapp-Attimis — depuis 1293, habité sans interruption, et abrite l’une des plus belles collections privées d’armures médiévales d’Europe. Les salles sentent la vieille pierre et la lanoline laissée par des siècles d’entretien du métal. Le guide parle lentement et avec précision, comme si les objets l’exigeaient.
Glorenza et l’enclos
Glorenza (Glurns en allemand) est une ville d’environ 900 habitants enserrée dans des remparts du XVIe siècle restés intacts, jamais véritablement modifiés. On passe la porte d’origine sous une tour, et l’intérieur — une place aux galeries à arcades, une unique rue principale, deux cafés et une boulangerie — est assez petit pour qu’on en fasse le tour en quinze minutes. Mais la compression du lieu, ce sentiment de vie qui se poursuit à l’intérieur d’une enceinte militaire qui n’a plus aucun sens stratégique, c’est là tout l’intérêt.
Je me suis assis sur la place une heure en octobre. Deux vieux messieurs jouaient aux échecs à une table devant le café. Un chat circulait entre leurs chaises. L’horloge de la tour a sonné deux coups.
Le col du Stelvio
La vallée grimpe à son extrémité supérieure vers le col du Stelvio — 2 757 mètres, l’un des plus hauts cols alpins goudronnés, avec 48 lacets numérotés sur le versant sud. Je l’ai parcouru fin juin, alors qu’il était ouvert depuis trois semaines. Le col lui-même est froid même en été, les congères encore hautes de deux mètres au bord de la route, et la vue depuis le sommet — au sud vers la Val Venosta, au nord vers le canton suisse des Grisons — est de celles qui donnent envie de décrire et qui vous laissent en échec.
Quand y aller : avril pour la floraison des pommiers, septembre pour la récolte. De juin à octobre pour le col du Stelvio (fermé l’hiver). La vallée est réellement accessible aux quatre saisons — des hivers plus secs que le reste du Haut-Adige rendent le ski de fond fiable, sans le chaos verglacé.