Vue aérienne des marécages du Sudd en saison de crue, îles de papyrus et chenaux d'eau argentée s'étendant jusqu'à l'horizon
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Le Sudd

"Le Sudd ne veut pas qu'on lui rende visite. Il tolère les visiteurs qui viennent prêts à se laisser humilier."

Le mot « sudd » vient de l’arabe signifiant obstruction — ce qui vous dit tout ce qu’il faut savoir sur la manière dont les expéditions de cartographie du Nil au XIXᵉ siècle ont vécu cet endroit. Les anciennes expéditions romaines cherchant la source du Nil ont été arrêtées par le Sudd. Il arrête les gens depuis lors. Une masse flottante de végétation si dense qu’elle a bloqué la navigation fluviale pendant des décennies ; un système de zones humides si étendu qu’il influe de façon mesurable sur le climat régional. En le voyant du ciel pour la première fois, j’ai compris pourquoi les premiers cartographes le laissaient en blanc sur leurs cartes.

Ce qu’est réellement le Sudd

Le Sudd se forme là où le Nil Blanc s’étale sur un bassin plat du centre du Soudan du Sud, perdant pente et énergie et s’écoulant en des dizaines de chenaux entrelacés à travers des tapis de papyrus et des îles d’herbes flottantes. En saison de crue, il couvre une superficie plus grande que l’Angleterre. La végétation — principalement papyrus, jacinthe d’eau et herbe flottante du sudd — forme des tapis assez épais pour qu’on y marche par endroits, assez mobiles pour réorganiser les chenaux au fil des saisons, d’une manière qui rend la navigation réellement difficile.

J’ai atteint la lisière du Sudd en bateau depuis un village au sud de Malakal. La transition a été abrupte : à un instant le fleuve était un chenal défini avec des berges ; à l’instant suivant il s’était dissous en chenaux et en murs de papyrus si hauts qu’on ne voyait que le ciel au-dessus. Le batelier — un Nuer qui avait grandi à pêcher ces chenaux — naviguait de mémoire et en lisant le courant, s’engageant avec une assurance totale dans des ouvertures que je ne distinguais pas de culs-de-sac.

La faune

Le Sudd est l’un des habitats de zones humides les plus importants au monde. Le bec-en-sabot, oiseau à l’allure préhistorique doté d’un bec en forme de sabot hollandais et de l’attitude de quelque chose qui a vu des civilisations naître et mourir, y élit domicile en nombre qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. J’en ai vu trois en une journée de bateau — immobiles dans les chenaux de papyrus, chassant le protoptère avec la patience d’une créature que le temps n’inquiète pas.

Le Sudd abrite aussi la deuxième plus grande migration de mammifères d’Afrique : un déplacement annuel de plus d’un million de tiangs, de buffles et d’autres ongulés à travers les marges humides. Cette migration ne reçoit presque aucune attention comparée à celle du Serengeti, précisément parce que le Sudd est si inaccessible. L’échelle, quand on s’y confronte, est préhistorique.

Être à l’intérieur

L’expérience de traverser le Sudd n’a rien à voir avec le tourisme de safari classique. Il n’y a ni plateformes d’observation, ni routes, ni lodges. On est dans un bateau avec un connaisseur local, traversant des chenaux qui se referment autour de soi, en essayant de s’orienter à la position du soleil. Le son est constant : grenouilles, insectes, le vent dans le papyrus, le poisson qui saute de temps à autre. En fin d’après-midi, la lumière vire à l’or et frappe les épis de papyrus sous un angle qui est franchement spectaculaire.

Je déconseillerais d’aborder le Sudd sans guides locaux expérimentés qui connaissent les chenaux précis et l’état des courants. C’est exactement aussi difficile que son histoire le laisse entendre, et exactement aussi extraordinaire.

Quand y aller : Février et mars offrent les meilleures conditions — les niveaux d’eau baissent après la saison de crue, concentrant la faune, et les chenaux sont navigables sans que la végétation se soit entièrement retirée. Le pic de crue (août–octobre) rend une grande partie du Sudd impraticable. L’accès se fait généralement depuis Malakal ou Bor — l’un comme l’autre exigent de s’assurer à l’avance de bateliers et de guides locaux fiables, et de confirmer les conditions de sécurité dans la région.