Le Kalahari ne vous accueille pas. Il vous permet simplement d’être là, et la nuance a son importance. Conduisez vers le nord depuis Upington, à travers les dernières terres d’élevage, au-delà de la dernière station-service, au-delà de la barrière où le goudron laisse place au gravier puis au sable, et vous entrez dans un paysage si vaste, si rouge, si profondément dépourvu de bruit humain que quelque chose dans votre système nerveux se recalibre. Le ciel n’est pas simplement grand ici — c’est l’élément dominant du terrain, une coupole d’un bleu si profond qu’elle paraît émaillée, s’étirant d’horizon en horizon au-dessus de dunes couleur de sang séché. Voici le Parc transfrontalier Kgalagadi, à cheval sur la frontière de l’Afrique du Sud, du Botswana et de la Namibie, l’un des derniers grands espaces sauvages de la planète où l’on peut rouler pendant des heures sans croiser que le vent.
Les dunes se succèdent en lignes parallèles à travers le paysage, leurs crêtes tranchantes comme des lames au soleil du matin, s’adoucissant en ondulations à midi quand la chaleur commence à trembler. Entre elles, les lits asséchés du Nossob et de l’Auob — des rivières qui coulent peut-être une fois par décennie, quand elles coulent — tracent des rubans pâles dans le rouge, bordés de camelthorns dont les silhouettes tordues sont devenues le raccourci visuel du Kalahari. C’est le long de ces lits de rivière que la vie se concentre. Les points d’eau, certains naturels, d’autres artificiels, attirent des gemsboks par troupeaux de vingt ou trente, leurs cornes en forme de cimeterre et leurs visages peints d’une beauté absurde sur le sable rouge. Les springboks bondissent dans les plaines. Les gnous bleus se rassemblent en groupes épars et nerveux. Et là où les herbivores se congregent, les prédateurs suivent.

Les lions à crinière noire du Kalahari sont les résidents les plus célèbres du parc, et ils méritent ce statut chaque fois qu’on les aperçoit. Les mâles portent des crinières si sombres qu’elles paraissent presque noires, en cascade sur leur poitrail et le long de leur ventre, magnifiques et impraticables sous la chaleur du désert. On les trouve souvent allongés à l’ombre des camelthorns près des points d’eau, patients comme des pierres, attendant que les gemsboks baissent leur garde. La visibilité ici — pas de buissons, pas de hautes herbes, juste de bas arbustes et du sable ouvert — rend les observations de prédateurs presque cinématographiques. On regarde tout le drame se dérouler : l’approche furtive, la charge explosive, le nuage de poussière, le dénouement. Les guépards s’épanouissent dans ces plaines ouvertes, leur vitesse enfin dotée du théâtre qu’elle mérite. Les léopards sont moins courants mais présents, drapés sur les branches des arbres les plus grands. Et les hyènes brunes — timides, hirsutes, nocturnes — s’observent ici plus régulièrement que presque partout ailleurs en Afrique.
Les sorties nocturnes révèlent le second service du Kalahari. Les renards à oreilles de chauve-souris émergent de leurs terriers, leurs immenses oreilles pivotant comme des antennes paraboliques à l’écoute des termites. Les protèles se glissent dans les buissons sur leurs pattes improbables. Un renard du Cap ou un chat sauvage africain se fige dans la lumière du projecteur. Et si la fortune vous sourit vraiment — elle sourit à peu de gens — vous pourriez croiser un pangolin, cette créature blindée, ancestrale et terriblement menacée, qui avance dans le sable pour des affaires qui précèdent l’humanité de plusieurs millions d’années.
Mais le cadeau le plus profond du Kgalagadi n’est pas sa faune. C’est le ciel. Sans pollution lumineuse, sans humidité, sans l’encombrement visuel de la civilisation, le ciel nocturne est ici stupéfiant. La Voie lactée n’apparaît pas comme une vague traînée blanchâtre mais comme un fleuve de lumière si dense et si structuré qu’on en distingue les couloirs de poussière à l’œil nu. Les satellites traversent la voûte. Les étoiles filantes sont monnaie courante. On s’assoit devant son camp de repos — les installations sont simples, les camps de Twee Rivieren, Nossob et Mata-Mata proposant de modestes chalets et des emplacements — et l’on lève les yeux, et l’échelle de l’univers s’abat sur vous comme un poids physique. Le Kalahari, qui a passé la journée à vous rappeler votre petitesse sur le plan horizontal, recommence sur le plan vertical.
Ce n’est pas un parc pour ceux qui ont besoin de confort ou de foule. C’est un parc pour ceux qui comprennent que la remotitude n’est pas un inconvénient mais un cadeau — que la longue route poussiéreuse, l’hébergement sommaire et l’absence de réseau téléphonique sont le prix d’entrée dans un paysage qui n’a pas changé depuis des millénaires et n’en a aucune intention.
Quand y aller : De mars à mai, les températures sont plus fraîches et l’activité des prédateurs excellente à mesure que les pluies d’été se retirent. De juin à août, les matins sont froids et cristallins — les températures peuvent descendre en dessous de zéro — mais les ciels sont dégagés, la faune est concentrée aux points d’eau et les nuits offrent les plus spectaculaires observations d’étoiles de l’année.
