Imet Gogo
"La montagne tombait à pic sur trois côtés et je n'avais plus nulle part où être nerveux."
La marche jusqu’à la proue
Depuis le camp de Geech, le sentier vers Imet Gogo suit le rebord de la falaise vers l’est pendant environ deux heures. Ce n’est pas un parcours techniquement difficile — le dénivelé est progressif, le sentier est net, et le garde qui m’accompagnait le parcourait le fusil en bandoulière et les mains dans les poches. Mais l’exposition vous rappelle à l’ordre. La falaise n’est jamais à plus de vingt ou trente mètres sur votre gauche, la vallée en contrebas se trouve mille mètres plus bas, et le vent sur cette section peut vous pousser de côté si vous ne faites pas attention.
Imet Gogo lui-même est un promontoire rocheux qui s’avance depuis le bord du plateau comme la proue d’un navire. La montée de la dernière section relève un peu de l’escalade — caillasse instable, quelques prises basiques nécessaires — puis vous voilà sur un sommet plat de la taille d’un court de tennis, avec l’escarpement qui s’incurve des deux côtés, le plateau intérieur du Simien derrière vous et rien que de l’air devant.
La vue
J’ai vu beaucoup de points de vue. La plupart se résument à : jolie vue, content d’être venu, quelques photos qui ne rendent rien, et on redescend. Imet Gogo est différent d’une manière que je peine encore à m’expliquer. La géométrie y est pour quelque chose — vous êtes sur une pointe, pas sur une crête, donc le vide vous entoure sur 270 degrés. L’échelle de la vallée en contrebas y est aussi pour quelque chose — la rivière qui coule au fond est invisible, c’est dire la profondeur. Et la qualité de la lumière en altitude, en saison sèche, est le troisième élément : nette, légèrement bleutée, dessinant des ombres précises.
Je me suis assis au bord, les pieds dans le vide, j’ai mangé un œuf dur sorti de mon sac et je n’ai pas pensé à grand-chose. Les gypaètes sont arrivés après une vingtaine de minutes — trois d’entre eux, montant en spirale dans le courant ascendant que la falaise génère, passant à hauteur des yeux, assez près pour distinguer chaque plume au bout des ailes. L’un a viré, m’a regardé, m’a jugé sans intérêt, et a continué son ascension.
Ce que l’on entend
Voici ce que je n’avais pas prévu : le silence n’est pas le bon mot pour Imet Gogo. Il y a du vent, presque toujours, et quand on regarde au pied de la falaise on entend la colonie de géladas quelque part sur les terrasses inférieures — cette vocalisation roulante et saccadée qui remonte à travers plusieurs centaines de mètres d’air. Loin en bas dans la vallée, un chien a aboyé une fois après quelque chose, et je l’ai entendu distinctement. L’échelle du paysage fait porter les sons d’une façon qui paraît contre nature.
Le retour et l’après-midi
La plupart des groupes viennent à Imet Gogo et retournent à Geech pour une seconde nuit, puis poursuivent vers l’est jusqu’à Chenek le lendemain. J’ai pris le sentier de retour le plus long, qui plonge légèrement dans une vallée latérale avant de remonter vers le plateau. Cette section traverse un dense bosquet de bruyère — de la vraie bruyère, à hauteur de taille, en fleur, violette en saison sèche — et le contraste avec les vues exposées de la falaise du matin semblait délibéré, comme si la montagne voulait vous montrer ses deux registres.
Quand y aller : D’octobre à mars, novembre et février étant des mois particulièrement propices à des vues dégagées et à des températures supportables. La lumière du matin frappe l’escarpement et Imet Gogo directement par l’est, ce qui rend les départs matinaux payants. Les nuages se forment généralement à partir de la mi-journée ; atteignez le sommet avant dix heures si possible. Évitez la saison des pluies — le sentier devient glissant et la vue disparaît complètement.