Île de Bunce
"Debout à l'intérieur de ces murs, je cherchais sans cesse les mots et les trouvais inadéquats."
L’île de Bunce se trouve à une trentaine de kilomètres en amont de Freetown, dans l’estuaire du fleuve Sierra Leone, à vingt minutes en hors-bord de la capitale. Elle paraît paisible depuis l’eau — une île verte, basse et boisée, les ruines visibles seulement une fois qu’on accoste. Entre 1670 et 1807 environ, on estime que cinquante mille Africains réduits en esclavage sont passés par ce seul site, détenus dans les barracoons du fort avant d’être embarqués sur des navires à destination de la Caroline du Sud et de la Géorgie. Le Sud américain entretient avec l’île de Bunce un lien géographique particulier que la plupart des Américains n’ont jamais appris.
L’approche
Les guides qui font visiter l’île sont employés par la Monuments and Relics Commission de Sierra Leone, et ils connaissent leur histoire avec la précision de gens qui la considèrent comme personnellement pertinente plutôt qu’académique. Mon guide, un homme nommé Augustine, a commencé à parler sur le bateau avant même que nous accostions. Il connaissait les compétences précises de riziculture qui rendaient les esclaves de cette région précieux aux planteurs de Caroline du Sud. Il connaissait l’évolution architecturale du fort à travers ses phases portugaise, française et britannique. Il parlait sans drame ni affectation. Les faits suffisaient.
Le fort
Ce qui subsiste du fort est considérable — structures de brique sans toit, emplacements de canons, les vestiges effondrés de la maison du gouverneur et des entrepôts commerciaux, un petit cimetière pour les marchands européens morts ici du paludisme et de la fièvre. Les marchands britanniques mouraient à des taux extraordinaires des maladies tropicales. Les gens qu’ils tenaient captifs mouraient en nombre plus grand encore, et ne sont pour la plupart pas dans le cimetière.
Les cellules de détention sont de taille modeste. Augustine a expliqué les chiffres — la durée moyenne pendant laquelle une personne pouvait être retenue ici avant l’arrivée d’un navire, la capacité, les taux de mortalité durant la détention. J’en ai noté une partie. Ce sont des chiffres qui résistent à toute assimilation tant qu’on se tient à l’endroit même qui les a engendrés.
La jungle reprend le fort avec constance. Figuiers et lianes ont fendu des murs qui semblaient jadis permanents. Je n’ai trouvé à cela rien de poétique ni d’ironique. C’est juste ce que fait la végétation quand on lui laisse le temps.
Les liens gullah geechee
L’un des aspects les plus remarquables de l’histoire de l’île de Bunce est la trace documentaire qui la relie à des communautés américaines précises. Le peuple gullah geechee des îles côtières de Caroline du Sud et de Géorgie — descendant d’Africains réduits en esclavage importés spécifiquement pour leur expertise en riziculture — remonte en ligne directe jusqu’à cette portion du fleuve Sierra Leone. Des délégations gullah geechee américaines ont visité l’île de Bunce. Les liens culturels se sont conservés dans la langue, les traditions culinaires et les pratiques spirituelles.
Augustine m’a fait parcourir cette histoire avec le même soin méthodique qu’il avait appliqué à tout le reste. Je lui ai demandé si la réaction des visiteurs gullah à ce lien modifiait sa façon de penser son travail ici. Il a dit que oui. Il n’a pas développé, et je n’ai pas insisté.
Le poids du lieu
Je ne vais pas romancer l’île de Bunce ni construire autour d’elle un récit thérapeutique. C’est une ruine sur une île fluviale d’Afrique de l’Ouest, et ce qui s’y est produit était une opération commerciale organisée par des gens qui avaient décidé que d’autres êtres humains étaient de la cargaison. Le site est préservé précisément pour que cela puisse se comprendre en termes physiques, et non seulement textuels. S’y rendre n’a rien de confortable. Ce n’est pas censé l’être.
Le retour en bateau vers Freetown prend vingt minutes. La ville a reparu, exactement telle que nous l’avions laissée — affairée, bruyante, entièrement contemporaine. La distance entre l’alors et le maintenant n’est pas aussi grande que je l’aurais souhaité.
Quand y aller : Accessible toute l’année, mais de novembre à avril est préférable — la saison sèche garde le fleuve plus calme et les ruines plus praticables. Le site se visite en excursion d’une journée depuis Freetown ; organisez-la via des tour-opérateurs établis ou directement auprès de la Monuments and Relics Commission. Les départs matinaux évitent la chaleur de midi à l’intérieur des ruines exposées.