Afrique
Serengeti
"Rien au Mexique ne m'avait préparé à un silence aussi bruyant."
Je suis arrivé au Serengeti depuis Arusha dans un avion à hélice si petit que je pouvais voir les mains du pilote trembler. On a crevé les nuages par en dessous et soudain il n’y avait rien — pas de route, pas de ville, pas de clôture — juste un tapis ocre qui s’étendait jusqu’aux bords du monde. La piste d’atterrissage était une cicatrice de terre dans l’herbe, et quand on a posé le pied dehors, une gazelle de Thomson broutait à vingt mètres de l’aile, parfaitement indifférente. C’était mon introduction : les animaux ici n’ont simplement jamais appris à avoir peur de toi.
La migration ne se déplace pas comme les documentaires le font croire. Ce n’est pas un unique et spectaculaire passage de rivière qu’on peut planifier. C’est une pulsation lente et inexorable — des centaines de milliers de gnous qui se répandent dans la vallée de Seronera en février, qui remontent vers le nord en direction de la rivière Mara en juillet, puis qui repartent vers le sud avant les petites pluies. J’ai passé quatre jours dans un camp de toile près de Seronera fin janvier, et chaque matin la plaine offrait une configuration différente des mêmes animaux. Les lions dorment pendant l’essentiel de tout ça, vautrés sur les kopjes comme des coussins de luxe. Les guépards travaillent à la lumière du matin. Les hyènes travaillent avec tout le reste. Tu commences à comprendre le rythme de qui mange qui, et quand, et tout l’écosystème commence à ressembler moins à de la faune sauvage et plus à une ville avec des heures de pointe très précises.
Mange ce que cuisinent les camps. Les bons camps du Serengeti s’approvisionnent localement — tilapia frais du lac Victoria, ugali aux légumes braisés, nyama choma grillé avec du kachumbari. J’ai mieux mangé dans la brousse que dans la plupart des villes. Le soir, les cuisiniers font un chai si fort qu’il tache la tasse émaillée, et tu t’assieds dehors à écouter les hippopotames grogner depuis un point d’eau invisible pendant que le cuisinier te parle de ses enfants qui vont à l’école à Karatu. Cette conversation — cet échange tranquille sans la moindre hâte — c’est quelque chose qu’on ne peut pas fabriquer, et c’est la partie à laquelle je repense le plus souvent.
Quand y aller : La saison sèche (juin–octobre) est la fenêtre classique — l’herbe est rase, les animaux se concentrent autour des points d’eau et les passages de la rivière Mara sont en cours. Mais je dirais que janvier–février est sous-estimé : la saison des mises-bas dans le sud du Serengeti est l’un des événements fauniques les plus extraordinaires du continent, les foules sont moins nombreuses et le paysage est vert plutôt que calciné.
Ce que la plupart des guides ratent : Tout le monde te dit de consacrer un maximum de temps au passage de la rivière Mara. Conseil valable — mais ce cadrage t’entraîne à traiter le Serengeti comme une compilation de temps forts. La vraie magie est plus lente et moins photogénique : deux heures à regarder une troupe de douze lions ne rien faire du tout, un serpentaire qui chasse des serpents au crépuscule, la façon dont un troupeau d’éléphants se matérialise depuis les fourrés d’acacias sans faire le moindre bruit. Si tu passes tout ton séjour à attendre la photo parfaite, tu passeras à côté de ce qu’est vraiment cet endroit.