Le Bout du Monde
"On se tient au bord et la terre s'arrête, simplement — pas de garde-fou, pas de clôture, juste le vide."
Le Bout du Monde — Jebel Fihrayn — est à quatre-vingt-dix minutes au nord-ouest de Riyad, mais ces quatre-vingt-dix minutes incluent un tronçon de piste qui justifie à lui seul la destination. La falaise est une section de l’escarpement du Tuwaiq, une muraille de calcaire qui chute de 300 mètres jusqu’à une plaine qui fut autrefois le fond d’une mer ancienne. On se gare, on marche jusqu’au bord, et le sol s’arrête, tout simplement. Pas de barrière, pas de garde-corps, pas de panneau d’interprétation. Juste la chute, la plaine qui s’étire jusqu’à l’horizon, et un vent qui monte d’en bas.
J’ai été au bord du Grand Canyon, aux falaises de Moher, au bord du Copper Canyon au Mexique. Aucun ne produit le même effet que cet endroit, parce qu’aucun ne réunit les mêmes ingrédients : la platitude absolue de la plaine en contrebas, l’absence totale d’infrastructure humaine au belvédère, et la conscience que l’on se tient sur le fond d’un océan jurassique que la terre a décidé de basculer vers le ciel. Les fossiles dans le calcaire le confirment — coquillages et créatures marines pressés dans la roche, leurs formes visibles à l’œil nu, témoins d’un océan qui recouvrait la péninsule Arabique quand les dinosaures réglaient encore leurs affaires.

Lia et moi nous sommes assis au bord les pieds dans le vide et avons mangé les sandwiches que nous avions apportés de Riyad. Personne ne parlait beaucoup. L’échelle du panorama rend la conversation inutile — ou plus exactement, elle rend chaque sujet dérisoire face au fait géologique qui s’étale devant vous. Les parois du canyon en contrebas sont stratifiées en crème, rouille et gris, sculptées par des millénaires de crues soudaines qui arrivent en hiver avec une violence brutale et repartent aussitôt, laissant des lits à sec qui serpentent sur le fond du canyon comme des veines dans la pierre.
Camper ici au coucher du soleil est l’expérience pour laquelle les habitants de Riyad vivent. Les couleurs que produit l’escarpement au fil des changements de lumière — or, puis ambre, puis cramoisi profond, puis violet tandis que l’ombre remonte la paroi — justifient chaque kilomètre cahoteux de la piste d’approche. Après la nuit tombée, les étoiles sont extraordinaires. Aucune pollution lumineuse n’atteint cet endroit. La Voie lactée n’est pas une suggestion ; c’est une déclaration, assez lumineuse pour projeter de faibles ombres sur le calcaire.

Quand y aller : De novembre à mars pour des températures agréables. Partez tôt le matin ou en fin d’après-midi pour la meilleure lumière. L’été est dangereusement chaud et sans ombre. Un véhicule 4x4 est indispensable. Apportez tout ce dont vous avez besoin — il n’y a aucune infrastructure sur place.