Le nom n’est pas une hyperbole. J’ai visité des falaises et des escarpements sur quatre continents, et aucun ne m’a préparé au moment où le sol s’arrête tout simplement au Jebel Fihrayn. On roule une heure au nord-ouest de Riyad sur une bonne route, puis on s’engage sur une piste qui exige un 4x4 et une certaine tolérance à l’ambiguïté de la navigation. Il n’y a pas de panneaux. Pas de centre d’accueil. Seulement la piste, les broussailles, et au bout, le bord — une falaise calcaire qui tombe de plusieurs centaines de mètres sur une plaine plate qui s’étire jusqu’à l’horizon sans un seul élément pour arrêter le regard.
L’histoire géologique amplifie le drame visuel. Ces falaises sont le bord érodé d’un ancien fond marin — l’escarpement du Tuwaiq, une muraille de calcaire jurassique qui gisait autrefois sous un océan. Les fossiles incrustés dans la roche confirment ce qui semble impossible quand on se tient dans l’un des endroits les plus arides de la Terre : que ce désert fut jadis un fond marin, que les créatures marines dont les coquilles composent la falaise ont vécu et sont mortes ici quand la péninsule arabique était immergée, et que les forces qui ont soulevé ce fond marin pour en faire une falaise désertique ont opéré à une échelle de temps qui fait de l’histoire humaine une simple note de bas de page.

Il n’y a ni clôtures, ni garde-fous, ni guichets. On marche jusqu’au bord et on regarde en bas, vers un système de canyons creusés par des millénaires de crues soudaines, aux parois stratifiées de crème, de rouille et de gris. Le vent vient d’en bas — chaud, chargé de poussière, portant l’odeur du néant qui s’étend devant vous. Je me suis assis sur le rebord avec les pieds dans le vide, à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sol, et j’ai mangé un sandwich apporté de Riyad, et l’échelle du paysage rendait toute conversation superflue. Les amis avec qui j’étais s’étaient assis chacun à leur propre endroit le long du bord, fixant le même vide, chacun aux prises en silence avec un paysage qui n’a aucun intérêt pour la présence humaine.
Le coucher de soleil depuis le rebord est l’expérience essentielle. Tout le ciel occidental traverse un spectre de l’or au cramoisi tandis que la paroi de la falaise capte les dernières lueurs, et les ombres dans le canyon en dessous s’approfondissent jusqu’à ce que la plaine devienne un océan d’obscurité. Camper une nuit est populaire parmi les habitants de Riyad le week-end — il faut apporter une tente, du bois, absolument tout, car il n’y a ici que la géologie, le silence et les étoiles, lesquelles, sans pollution lumineuse, sont proprement bouleversantes.

Quand y aller : D’octobre à mars pour des températures agréables à la randonnée. Éviter l’été absolument — il n’y a pas d’ombre et les températures peuvent dépasser 50 degrés. Les vendredis matin sont prisés par les Riyaddiens ; venir en semaine pour trouver la solitude. Un véhicule 4x4 est indispensable pour l’approche finale.