Diriyah, c’est là qu’est née l’Arabie Saoudite moderne, et la visiter aujourd’hui revient à regarder un pays décider en temps réel comment présenter le récit de ses origines. Le quartier d’At-Turaif, perché sur un promontoire surplombant le wadi Hanifah à la limite nord-ouest de Riyad, fut le siège du premier État saoudien au XVIIIe siècle — une capitale en pisé de palais, de mosquées et de fortifications qui abritait la famille Al Saoud et le réformateur religieux Muhammad ibn Abd al-Wahhab, dont l’alliance avec les souverains saoudiens a créé le cadre politico-théologique qui continue de façonner le royaume aujourd’hui.
L’architecture est de style najdi caractéristique — motifs géométriques et créneaux triangulaires couronnant des murs en pisé qui irradient un ocre chaud dans la lumière de l’après-midi. L’UNESCO a inscrit At-Turaif au patrimoine mondial, et la restauration en cours est l’un des projets patrimoniaux les plus ambitieux du Moyen-Orient. En déambulant dans les cours reconstruites et les passages étroits, je n’arrêtais pas de penser à quel point ce récit fondateur est différent de ceux avec lesquels j’ai grandi en France. Pas de Bastille, pas de barricades. Une forteresse dans le désert, un pacte entre une famille et un prédicateur, et un royaume qui a grandi depuis ce promontoire pour englober la majeure partie de la péninsule arabique.

La terrasse Bujairi a déjà ouvert de l’autre côté du wadi, en face d’At-Turaif, et elle est véritablement impressionnante — un ensemble de restaurants, de cafés et d’espaces culturels construits dans un style qui fait écho au quartier historique tout en offrant le confort qui invite à s’y attarder. La terrasse surplombe At-Turaif de l’autre côté de la vallée, et le soir, quand les bâtiments historiques sont illuminés et que l’air s’est rafraîchi, la vue est l’une des plus belles de Riyad. J’y ai dîné — café saoudien, dattes, agneau grillé — en regardant la lumière changer sur les murs en pisé de l’autre côté du wadi, et il m’a semblé que c’est exactement à quoi ressemble un tourisme patrimonial réussi : le passé rendu accessible sans être banalisé.
La vision complète pour Diriyah comprend des musées, des galeries, des hôtels, des boutiques et des espaces de spectacle destinés à en faire le cœur culturel du royaume. Que cette vision se concrétise telle qu’elle a été annoncée reste à voir — les mégaprojets saoudiens ont tendance à être annoncés à une échelle qui rend leur réalisation incertaine — mais l’infrastructure déjà en place est substantielle.
Le wadi Hanifah en contrebas a été transformé d’un canal de drainage à l’abandon en un parc linéaire verdoyant qui traverse Riyad, avec des chemins piétonniers, des écosystèmes restaurés et des aires de pique-nique qui illustrent ce que la rénovation urbaine peut accomplir dans une ville désertique. Le contraste entre le plateau aride d’en haut et le wadi verdoyant d’en bas capture quelque chose d’essentiel sur l’Arabie Saoudite : un pays qui a toujours su trouver la vie dans les endroits arides.

Quand y aller : De novembre à février pour des soirées fraîches, idéales pour explorer les terrasses en plein air et le quartier historique. Les principaux événements et festivals sont concentrés dans les mois d’hiver. Éviter l’été — les murs en pisé restituent leur chaleur accumulée bien après le coucher du soleil.