Al Balad est la vieille âme de Djeddah, et parcourir ses ruelles étroites est ce qui m’a donné, en Arabie Saoudite, la sensation la plus proche du voyage dans le temps. Ce quartier dense de tours en pierre de corail s’élève quatre et cinq étages au-dessus de ruelles si étroites que les écrans de mashrabiya des bâtiments d’en face se touchent presque par-dessus, créant des tunnels de lumière filtrée et d’ombre qui canalisent la brise de la mer Rouge à travers le quartier comme un système de ventilation naturelle conçu par quelqu’un qui comprenait que l’architecture, dans un climat aussi hostile, n’est pas une question de beauté — c’est une question de survie. Qu’elle soit aussi belle n’est qu’un bonus.
Les bâtiments sont construits en blocs de corail extraits du récif de la mer Rouge — oui, les bâtiments sont faits de récif — et le matériau donne à Al Balad sa texture particulière : rugueuse, poreuse, organique, les murs incrustés des formes fossilisées de la vie marine qui les compose. On glisse la main le long d’un mur et on sent des coquillages. Les écrans de mashrabiya sont l’autre trait distinctif — des treillis de bois sculpté d’une complexité extraordinaire, chaque panneau unique, conçus pour laisser entrer la lumière et l’air tout en protégeant l’intérieur du soleil direct et des regards de la rue. Certains de ces écrans sont des chefs-d’œuvre de menuiserie qui seraient exposés dans des musées s’ils n’étaient pas encore attachés à des maisons.

Le quartier fait l’objet d’une restauration soigneuse dans le cadre du Programme du district historique de Djeddah, et la qualité du travail est impressionnante. Les maisons sont consolidées avec des matériaux traditionnels, les ruelles repavées, et les artisanats traditionnels relancés dans des ateliers qui bordent les ruelles les plus étroites. La maison Naseef, autrefois la plus grande demeure marchande de la ville — cinq étages de corail et de teck, avec un arbre dans la cour qui fut longtemps le seul arbre de Djeddah, un repère si important que les directions se donnaient par rapport à lui — est aujourd’hui un musée et centre culturel qui retrace l’histoire marchande du Hedjaz.
Le Souq Al Alawi fonctionne toujours comme un marché vivant, ses étals vendant parfums, textiles, encens et épices. Les vendeurs de parfum en sont le point culminant — la relation de l’Arabie Saoudite avec les fragrances est profonde et ancienne, et les vendeurs d’oud d’Al Balad exposent leurs marchandises avec le sérieux et l’expertise de sommeliers. J’ai passé une heure à apprendre la différence entre l’oud cambodgien et l’indien, entre la rose de Taïf et la bulgare, entre les mélanges de bakhoor conçus pour différentes occasions. Je suis reparti avec plus de parfum que nécessaire et la conviction que l’approche occidentale du parfum — un seul flacon vaporisé distraitement — passe complètement à côté de l’essentiel.
Se promener dans Al Balad la nuit est l’expérience fondamentale. La chaleur cède après le coucher du soleil, les écrans de mashrabiya s’illuminent de l’intérieur, et le quartier prend l’atmosphère d’une vieille ville méditerranéenne — familles en promenade, enfants jouant dans les ruelles, odeur de viande grillée qui s’échappe d’un restaurant qui occupe la même salle aux murs de corail depuis des décennies.

Quand y aller : De novembre à février pour les conditions de marche les plus agréables. Les visites en soirée sont les meilleures toute l’année — les ruelles fraîchissent et l’atmosphère s’intensifie après le coucher du soleil.