Cala Goloritzé
"Debout en haut du sentier de descente, j'ai compris pourquoi certains lieux exigent qu'on les mérite."
Le sentier qui descend vers Cala Goloritzé commence à un modeste point de départ dans le maquis côtier du golfe d’Orosei, et pendant les vingt premières minutes il est agréable mais sans relief — du calcaire sous les pieds, des lentisques à hauteur d’épaule, l’odeur des herbes sauvages dans la chaleur, le chant des cigales montant à mesure que la matinée se réchauffe. Puis le sentier bascule fortement vers le bas et contourne un éperon de falaise blanche, et soudain vous voilà face à la chose dont on vous parle depuis le début du voyage : une crique d’une eau si improbablement turquoise qu’elle semble émettre de la lumière par en dessous, avec un pinacle de calcaire blanc qui s’élève de soixante mètres au-dessus de l’eau, absolument vertical, absolument absurde.

La descente prend encore trente minutes à partir de cette première vue — des lacets le long de la paroi de la falaise, sur un sentier qui semble conçu pour tester si vous voulez vraiment ça — et puis vous voilà sur la plage, mélange de galets et de gros sable blanc, avec une eau qui vous arrive à la cheville et assez claire pour compter les pierres sur le fond. Ça sent le sel et quelque chose de vaguement herbacé venu du maquis des falaises au-dessus. L’arche rocheuse est la pièce maîtresse, mais la géologie environnante vous retient : des parois de calcaire blanc sculptées par dix mille ans d’eau tyrrhénienne en courbes et en surplombs que les grimpeurs venus ici tiennent pour un paradis. J’en ai regardé deux travailler une voie juste au-dessus de la ligne d’eau, se déplaçant avec la prudence réfléchie de gens extrêmement engagés dans leur art.
L’eau, ici, opère sur un registre visuel différent même du reste de l’exceptionnel littoral sarde. À Cala Goloritzé, les hauts-fonds s’étirent en un vert clair sur le sable blanc, puis plongent soudain vers un cobalt profond qui paraît presque violet sous certaines lumières. J’ai nagé au-delà de l’arche et je suis resté à flotter un moment, le visage dans l’eau, à regarder le fond marin reculer dans une ombre bleue sous moi, ressentant la satisfaction particulière d’avoir gagné un lieu par l’effort physique plutôt que d’y avoir été livré.

Si la randonnée vous semble trop, des bateaux partent de Cala Gonone, la petite station balnéaire de la côte, et le trajet le long du golfe d’Orosei passe devant plusieurs autres criques — Cala Luna et sa double arche, Cala Sisine et son ruisseau d’eau douce — qui justifient à elles seules une journée en bateau. Mais la marche change votre rapport au lieu. On sent le calcaire sous ses pieds pendant une heure avant de voir l’eau, et quand on arrive la vue ne signifie pas la même chose que lorsqu’on descend d’un bateau. L’effort devient partie intégrante de l’expérience, et la crique, quand elle apparaît, ressemble à quelque chose qu’on a découvert plutôt qu’à un endroit où l’on vous a conduit.
L’accès à Cala Goloritzé est réglementé — une limite quotidienne de visiteurs est appliquée en été — ce qui signifie que réserver le permis d’accès en ligne n’est plus optionnel en juillet ou en août. L’avantage de cette réglementation, c’est que la crique n’a pas été détruite par sa propre renommée, et que l’arche de calcaire se dresse telle qu’elle se dressait quand la mer l’a sculptée, intacte.
Quand y aller : Juin est idéal — eau chaude, pas encore les quotas de pleine saison estivale, et les matinées avant dix heures qui semblent presque privées. Septembre fonctionne aussi à merveille, avec des mers plus calmes pour l’approche en bateau et la lumière de l’après-midi sur la falaise qui vire à l’or plutôt qu’au blanc délavé. Évitez les deux premières semaines d’août : le sentier devient une file d’attente et les permis sont vendus des semaines à l’avance.