La Cesta
"La collection d'arbalètes est excellente, mais c'est le vent qu'on retient — une poussée froide et insistante qui vous rappelle exactement à quelle hauteur vous vous trouvez."
La Cesta se dresse au sommet méridional du Monte Titano, plus haut que la Guaita et plus isolée, accessible en suivant le chemin de ronde vers le sud, au-delà de la deuxième porte. La marche en elle-même fait la moitié de l’intérêt : un chemin de pierre qui longe le rempart extérieur avec un précipice d’un côté, qui vous incite à surveiller vos pas. Je l’ai faite un mardi de fin avril, quand l’aubépine était en fleur et que le calcaire sentait faiblement la poussière chaude, et j’ai eu le chemin presque entièrement pour moi pendant les quinze bonnes minutes qu’il faut pour atteindre la deuxième tour.
De l’extérieur, La Cesta est sans doute la plus spectaculaire des trois tours — deux tourelles s’élevant d’un étroit rebord de falaise, les murs bâtis directement sur la roche vive. On entre par une arche basse et l’on grimpe un escalier en colimaçon raide jusqu’au Musée des armes anciennes, qui est nettement meilleur que ne le laisse croire sa réputation de brochure touristique. La collection occupe les différents étages de la tour et comprend des arbalètes, des hallebardes, des armes à feu primitives, des armures, et le genre d’outils sinistrement pratiques qui rappellent que la guerre médiévale était une affaire intensément locale et épuisamment manuelle.

Ce sont les arbalètes exposées qui m’ont retenu le plus longtemps. Saint-Marin possède une tradition vivante de l’arbalète — la Federazione Balestrieri concourt toujours, et le tournoi annuel d’arbalète attire des équipes de toute l’Italie. À regarder les exemplaires médiévaux dans les vitrines, la précision de leur fabrication paraît saisissante pour l’époque : des branches d’arc lamellées, des mécanismes de détente complexes, le tout réalisé avec une tolérance qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’armes improvisées mais d’outils de spécialistes faits par des artisans dévoués. À côté d’un exemplaire du XVe siècle, le cartel notait qu’il avait appartenu à une famille saint-marinaise sur trois générations. L’idée de trois générations d’une même famille dans cette petite république, chacune se transmettant la même arbalète, faisait paraître l’endroit moins comme un musée que comme une histoire domestique interrompue.
La vue depuis le sommet de La Cesta, dans toutes les directions, est la vraie récompense. À l’est, l’Adriatique apparaît comme une longue ligne argentée. Au nord, on aperçoit la Guaita et le Montale alignés le long de la crête. Au sud et à l’ouest, les collines du Montefeltro entament leur pli vers l’Ombrie. L’horizon est immense et le vent est froid même au printemps — une pression constante venue du sud qui vous fait pencher légèrement et agripper le parapet, et ressentir, brièvement, la précarité de se tenir au point le plus haut d’un pays à peine plus grand qu’une ville.

Sur le chemin du retour le long du rempart, j’ai croisé deux randonneurs italiens qui n’avaient apparemment pas réalisé qu’il y avait un musée à l’intérieur et qui débattaient de l’idée de rebrousser chemin pour payer l’entrée. Je leur ai dit que la seule collection d’arbalètes en valait la peine. Ils y sont allés. J’ai continué vers le Montale, vingt minutes plus au sud, en suivant une crête qui devenait de plus en plus silencieuse et de plus en plus ancienne.
Quand y aller : La Cesta fait partie du billet combiné des tours et vaut la marche même si vous sautez le musée. Les matins de printemps avant onze heures offrent les meilleures conditions : peu de monde, air frais, et la lumière venant de l’est par-dessus l’Adriatique. Le musée lui-même est une bonne option en août, quand la chaleur de midi rend les flâneries en extérieur désagréables.