Vue aérienne des Tobago Cays, cinq minuscules îlots verts cernés de bancs de sable blancs et d'un récif en bonne santé à l'intérieur d'un lagon turquoise
← Saint-Vincent-et-les-Grenadines

Tobago Cays

"Les tortues des Tobago Cays ne font pas un numéro. Elles mangent, c'est tout. Et c'est précisément là tout l'intérêt."

On atteint les Tobago Cays en bateau. Il n’y a pas d’autre moyen. Pas d’aéroport, pas de ferry, pas de jetée rattachée à quoi que ce soit qui ressemble à une infrastructure — on y arrive à la voile sur un charter, ou en bateau-taxi depuis Union Island, ou bien on emprunte l’annexe d’un ami et on traverse le chenal au moteur, un œil sur les balises du récif. La nécessité de cet effort n’est pas accessoire à l’expérience. Elle est l’expérience.

Je suis venu en charter au départ de Bequia — cinq jours, trois autres marins, un skipper vincentais nommé Dex doté de la qualité particulière d’une compétence extrême associée à une parole extrêmement minimale. Il nous a fait entrer par le Horseshoe Reef à l’étale de marée et nous avons mouillé dans huit mètres d’une eau si claire que je pouvais lire les rides de sable au fond. Les cinq îlots — Petit Rameau, Petit Bateau, Baradal, Jamesby et Petit Tabac — reposent à l’intérieur du récif comme disposés à la main. Ils sont tous inhabités. Le parc national qui les protège n’a pas de centre d’accueil, pas de boutique de souvenirs, pas de guichet à péage. Un garde du parc passe occasionnellement en annexe. C’est là toute l’étendue de l’appareillage humain.

Une tortue imbriquée broutant des herbiers marins dans les eaux turquoise peu profondes des Tobago Cays, sa carapace ancienne captant la lumière du matin

Ce sont les tortues que les gens viennent voir, et elles sont au rendez-vous. Les tortues imbriquées — certaines impressionnantes par leur taille, avec des carapaces qui ont la patine du bois très vieux — broutent les herbiers dans les hauts-fonds au large de Baradal. Elles ne sont pas pressées. Elles remontent respirer, redescendent en dérivant, continuent de manger. Elles se sont adaptées à la présence des plongeurs en apnée de la même manière qu’une vache s’adapte à la présence de gens dans un champ — une vague conscience, et le broutage qui continue. Nager aux côtés de l’une d’elles, assez près pour voir chaque écaille de ses nageoires, est l’une de ces expériences qui réorganisent brièvement votre sens de l’échelle, comme le fait toujours le très bon voyage.

Le snorkeling sur le Horseshoe Reef lui-même est extraordinaire. Le corail est en bonne santé — assez inhabituel dans les Caraïbes aujourd’hui pour faire l’effet d’un cadeau — avec des formations de corail-cerveau de la taille de petites voitures et des poissons de récif aux couleurs si sursaturées qu’ils ressemblent à une illustration pour enfants. Nous avons passé des heures dans l’eau, alternant entre le récif et les herbiers, remontant de temps en temps pour manger des sandwichs et comparer nos observations.

La houle déferlant sur le Horseshoe Reef vue depuis l'intérieur du lagon protégé, un voilier de charter au mouillage avec les cinq îlots s'étirant au-delà

Le soir, les bateaux du mouillage s’illuminaient un à un, et les bateaux-cuisine — des vendeurs locaux qui passent d’un yacht à l’autre au moteur pour vendre poisson grillé et langouste — faisaient leur tournée. L’odeur des grillades sur charbon de bois flottait au-dessus de l’eau. Il y a quelque chose de presque impossiblement complet à manger un vivaneau fraîchement grillé sur le pont d’un bateau, à l’intérieur de l’un des grands systèmes récifaux des Caraïbes, tandis que les étoiles apparaissent. Je sais comment cela sonne. Je sais aussi que c’est vrai.

Quand y aller : de décembre à avril, la saison sèche, quand les alizés gardent l’eau claire et le mouillage gérable. Évitez le pic de Noël au Nouvel An si vous tenez à un mouillage plus tranquille — janvier et février sont le bon moment. Le service du parc limite parfois le nombre de mouillages pour protéger les herbiers ; prévoyez d’arriver tôt.