Des rochers de lave volcanique noire sur la côte atlantique de Saint-Kitts, l'écume blanche s'y fracassant
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Black Rocks

"La mer discute avec ces rochers depuis dix mille ans, et aucun des deux camps ne l'emporte."

La route vers le nord depuis Basseterre, le long de la côte atlantique, traverse de plus petits villages puis longe des terres qui se vident de presque tout, sauf de canne à sucre, de bétail noir et de la chèvre occasionnelle plantée au milieu de la route avec l’assurance souveraine d’un animal qui sait qu’il a la priorité. Quelque part au nord du bourg de Cayon, passé les usines textiles et le moulin à sucre désaffecté qui domine encore l’horizon, on bifurque vers la côte et l’on arrive à Black Rocks.

Il n’y a pas d’introduction en douceur. La route s’achève sur une petite aire de stationnement, puis quelques marches, et soudain l’on se tient au bord d’un champ de lave rencontrant l’océan Atlantique avec une sorte de brutalité géologique. Ces formations sont les vestiges de coulées de lave du mont Liamuiga qui atteignirent la côte et refroidirent dans l’eau de mer, et le résultat est un littoral d’une texture extraordinaire : colonnes de basalte noir, formes de lave en coussins, vasques de marée de la taille de baignoires, et l’Atlantique faisant ce que fait l’Atlantique, c’est-à-dire arriver par trains de houle et exploser contre tout ce qui se trouve sur son chemin.

Colonnes et formations de basalte volcanique à Black Rocks, sur la côte atlantique de Saint-Kitts

Les embruns, un jour de vent, remontent loin depuis le rivage. Je me suis tenu aussi près que j’ai pu, observant la manière dont chaque vague trouvait de nouveaux angles dans la roche, remplissant les vasques de marée d’un coup puis les vidant, et je n’arrêtais pas d’être surpris par le bruit que ça faisait. La côte caraïbe de Saint-Kitts est douce — palmiers, eau claire et tout ça. Ici, l’océan a un autre registre. L’eau est plus sombre, le ciel paraît plus bas, et le son est constant et stratifié, chaque vague posant une piste de percussions par-dessus la précédente.

Les formations de lave elles-mêmes méritent qu’on les examine de près quand la marée le permet. Les basaltes en coussins — formés quand la lave en fusion rencontre l’eau de mer froide et que la croûte extérieure durcit plus vite que l’intérieur — ressemblent exactement à leur nom : des formes arrondies, empilées, à la fois dures et molles d’apparence. Les couleurs glissent du noir au brun-rouille puis au gris verdâtre selon les minéraux qui s’oxydent ici ou là.

Vasques de marée dans les formations de lave de Black Rocks, à l'eau claire et à la croissance marine visible

Il n’y a rien à manger ni à acheter ici. Une femme du coin vend parfois des boissons fraîches depuis une glacière près de l’aire de stationnement, présente ou non selon le jour et la saison. La plupart des visiteurs sont des Kittitiens en balade du dimanche qui s’arrêtent dix minutes, prennent une photo et continuent leur route. Je suis resté une heure et j’avais encore le sentiment de ne pas avoir tout à fait fini.

Quand y aller : À tout moment, même si la lumière du matin accroche le plus spectaculairement la roche noire et l’eau sombre. Les jours de vent produisent les meilleurs embruns et l’océan le plus théâtral. La baignade est déconseillée — les courants et la lave la rendent réellement dangereuse. Portez des chaussures à bonne adhérence ; la surface de la roche est inégale et glissante dans la zone des embruns.