La chute Montmorency se déversant 83 mètres dans les gorges, la brume montant avec le pont suspendu visible au-dessus
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Chute Montmorency

"Les Niagara sont plus larges, c'est vrai. Mais la chute Montmorency vous mouille depuis 50 mètres — elle mérite son théâtre."

On m’avait prévenu que la chute Montmorency était impressionnante, ce qui est le genre d’avertissement qui vous prépare à quelque chose de photogénique mais pas nécessairement à quelque chose qui vous remue. Le matin où je l’ai visitée, il avait plu toute la nuit, et la chute — déjà 83 mètres de détonation continue — coulait avec le poids supplémentaire de la pluie nocturne. Je l’entendis avant de la voir : une vibration basse fréquence dans l’air que je ressentis dans la cage thoracique avant de la reconnaître comme un son. En tournant le coin du sentier, la chute se matérialisa à si courte distance que les embruns m’atteignirent le visage immédiatement. Je restai là une minute entière, sans penser à rien d’utile, simplement mouillé.

La chute Montmorency à plein régime au printemps, l'eau tonnant dans les gorges et les embruns captant la lumière

La chute Montmorency est 30 mètres plus haute que les Niagara — les Québécois mentionnent ce fait avec une satisfaction particulière, une sorte de fierté régionale qui ne requiert pas votre validation mais l’attend discrètement. La chute tombe en un seul rideau ininterrompu depuis le plateau jusqu’aux gorges étroites de la rivière Montmorency juste avant qu’elle rejoigne le Saint-Laurent, et le volume d’eau qui traverse cette ouverture crée son propre système météorologique : brume permanente, vent du large plusieurs degrés plus froid que l’air ambiant, prismes arc-en-ciel par temps clair. Le pont suspendu qui enjambe la chute est l’une de ces structures qui en dit beaucoup sur vous en tant que voyageur — je l’ai traversé en tenant la rambarde d’une façon dont je ne suis pas fier.

Le parc autour de la chute est géré par Sépaq et l’infrastructure est bonne : sentiers, plates-formes à différentes hauteurs, téléphérique pour monter la falaise si l’escalier (408 marches) semble excessif. J’ai pris l’escalier, ce qui fut une excellente punition. Au sommet, le Manoir Montmorency — une villa victorienne reconvertie en restaurant et lieu de réception — occupe le plateau avec une terrasse qui surplombe à la fois la chute et le point où le Saint-Laurent commence à s’élargir vers la mer. J’ai bu un café là en regardant des porte-conteneurs passer en bas pendant que la chute rugissait à 20 mètres sur ma gauche. L’incongruité était véritablement agréable.

Le pont suspendu enjambant la chute Montmorency avec la brume s'élevant des gorges et le Saint-Laurent au-delà

En février, la chute Montmorency gèle partiellement en un cône de glace — une formation d’aspect volcanique que les grimpeurs sur glace escaladent avec des piolets, ce qui est peut-être l’activité la plus québécoise qui soit. Le cône grossit tout l’hiver à mesure que les embruns gèlent en couches, et peut atteindre 30 mètres de haut à son apogée. Regarder quelqu’un l’escalader depuis la plate-forme d’observation, par moins 20 degrés, est l’une de ces choses que je n’avais genuinement pas prévu de trouver émouvante.

Quand y aller : Printemps (avril-mai) pour le débit maximal après la fonte des neiges. Hiver (janvier-février) pour le cône de glace et le spectacle d’escalade. L’été est le plus fréquenté, mais l’aire de pique-nique au-dessus de la chute en juillet — chaude, animée par le bruit de la chute, le Saint-Laurent en contrebas — est véritablement merveilleuse.