The colorful towers of Pena Palace rising above the forested hills of Sintra
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Sintra

"Un endroit si théâtral qu'on finit par soupçonner que la monarchie portugaise avait un goût exquis et aucune contrainte budgétaire."

Sintra est à trente minutes de Lisbonne en train et à plusieurs siècles de distance dans l’atmosphère. Le village est niché dans la Serra de Sintra, un microclimat à part — plus frais, plus humide, souvent enveloppé dans une brume qui confère aux forêts et aux palais la qualité d’un rêve à moitié souvenu. La royauté portugaise avait choisi ce lieu comme retraite estivale, et au fil des siècles elle y a construit des palais qui vont du simplement beau au franchement délirant. Lord Byron l’appelait un “glorieux Éden”, ce qui est le genre de chose que Byron disait des endroits, mais dans ce cas il n’exagérait pas de beaucoup.

Le Palácio da Pena en est la pièce maîtresse — une confection romantique du XIXe siècle perchée au point le plus élevé de la serra, peinte en rouges, jaunes et bleus qui devraient jurer horriblement et qui forment pourtant quelque chose de magnifique. Le roi Ferdinand II, un prince allemand entré dans la royauté portugaise par mariage, l’a conçu comme une fantaisie de tous les styles architecturaux qui avaient jamais retenu son attention : arcs mauresques, tourelles gothiques, fioritures manuélines, et un triton sculpté au-dessus de l’entrée qui observe les visiteurs avec une expression de surprise permanente. L’intérieur est conservé tel que la famille royale l’a laissé en 1910 — la vaisselle du petit-déjeuner sur la table, les livres sur les étagères — ce qui donne à l’ensemble l’impression d’un palais dont les occupants seraient sortis un instant et ne seraient jamais revenus.

The Moorish Castle walls winding through misty Sintra forest

En contrebas du Pena, le Castelo dos Mouros — une forteresse mauresque en ruines du VIIIe siècle — offre les plus belles vues de Sintra à qui accepte de grimper. Les murailles serpentent le long de la crête à travers la forêt, et depuis la tour la plus haute, l’Atlantique est visible par temps clair, un mince trait d’argent au-delà du vert. La Quinta da Regaleira est le domaine où je reviens le plus souvent — pas un palais royal mais la fantaisie d’un riche marchand luso-brésilien, António Monteiro, qui avait engagé un architecte italien pour construire sa vision d’un jardin des mystères terrestres. Le Puits Initiatique — un escalier en spirale descendant neuf niveaux dans les entrailles de la terre, inspiré de l’Enfer de Dante — est la pièce d’architecture la plus atmosphérique que j’aie rencontrée au Portugal. Au fond, on traverse des tunnels souterrains qui débouchent près d’une cascade. C’est théâtral, symbolique, et profondément étrange.

The Initiation Well spiral staircase descending into the earth at Quinta da Regaleira

Le village lui-même a un charme qui résiste aux foules de touristes d’une journée. Le Palácio Nacional — celui aux deux cheminées coniques visibles de partout — occupe la place principale et mérite qu’on y entre ne serait-ce que pour la Sala dos Brasões, dont le plafond en coupole est peint avec les armoiries des familles nobles portugaises. Les travesseiros (pâtisseries en forme d’oreiller) de chez Piriquita sont la spécialité locale, et je n’ai jamais réussi à m’arrêter à moins de trois. Pour le déjeuner, il faut éviter les restaurants touristiques de la rue principale et monter à pied jusqu’à Incomum — le menu dégustation puise dans la tradition portugaise avec suffisamment d’invention pour justifier l’effort.

Quand y aller : Avril à juin ou septembre à octobre. L’été amène des foules massives — Sintra est l’excursion d’une journée la plus populaire depuis Lisbonne, et ça se voit. Aller tôt en semaine si possible. La brume qui enveloppe souvent la serra à l’automne et en hiver fait partie de l’atmosphère.