Les Bords du Douro à Porto
"Le Douro ne reflète pas seulement la lumière — il la retient, il la rend presque comestible."
Je suis arrivé à la Ribeira un mardi après-midi alors que la lumière faisait quelque chose de presque théâtral au-dessus du fleuve. Le genre de lumière qui vous arrête net, sincèrement gêné par tant de beauté, comme si la beauté à cette échelle avait quelque chose d’indécent.
La Praça da Ribeira s’ouvre sur le Douro comme le lever d’un rideau de scène — tout d’un coup, sans rien retenir. Les vieilles façades en granit se penchent les unes sur les autres, drapées de panneaux d’azulejos dont les bleus s’approfondissent depuis deux siècles. Au bord de l’eau, les bateaux rabelo sont lourds et patients, leurs coques plates conçues pour descendre les barriques de porto depuis la vallée du Douro à l’époque où c’était encore le seul moyen.
Gaia de l’Autre Côté
Ce qui m’a surpris, c’est à quel point Porto s’explique en réalité par Vila Nova de Gaia, la ville visible depuis la Ribeira sur la rive opposée. J’avais supposé que les chais — Sandeman, Graham’s, Taylor’s — se trouvaient quelque part vaguement au sud. Ils sont directement de l’autre côté du fleuve, empilés sur la colline en un dense amphithéâtre d’ocre et de rouille, leurs enseignes en lettres blanches lisibles depuis le quai de la Ribeira sans même plisser les yeux.
Lia a désigné le pont Dom Luís I depuis le bas, où il paraît franchement impossible — un arc de fer à deux niveaux jeté au-dessus d’une gorge — et a dit qu’il lui rappelait quelque chose qu’un enfant très sûr de lui aurait dessiné. Elle avait raison. Nous avons pris le tablier inférieur à pied, en nous arrêtant au milieu là où le Douro s’élargit et où tout le panorama se verrouille d’un coup.
Manger au Bord du Fleuve
De retour à la Ribeira, nous avons mangé à une table qui était presque dans la rue, ce qui est la bonne façon de faire. Le bacalhau à Gomes de Sá est arrivé dans un plat en terre cuite, encore en train de grésiller, la morue salée et la pomme de terre superposées sous une croûte d’oignon et d’huile d’olive qui sentait la cuisine de la grand-mère de quelqu’un, dans le meilleur sens du terme. Le vin était un Vinho Verde, froid et légèrement effervescent, le genre qu’on boit trop vite parce que l’après-midi est long et chaud et que le fleuve n’arrête pas d’accrocher le regard.
L’odeur de la Ribeira est particulière : eau de rivière, ail en train de frire, la légère douceur minérale du vin vieilli qui descend des chais sur la colline de Gaia. Vers quatre heures de l’après-midi la lumière devient ambrée et tout — les azulejos, l’eau, les visages — prend le même registre chaud.
Quand y aller : De fin mai à début octobre, le soleil est au rendez-vous et les longues soirées justifient de s’attarder au bord du fleuve ; septembre est idéal lorsque les vendanges commencent dans la vallée du Douro et que la ville bourdonne d’une énergie tranquille et déterminée.