Batanes
"Batanes ressemble aux Philippines en train de rêver d'Irlande — des collines vertes, des murs anti-typhon, et une solitude absolue de bout du monde."
Je ne m’attendais pas à me sentir aussi loin de tout. Pas loin dans le sens de l’épuisement et du décalage horaire, mais loin de la manière qui compte — ce genre de lointain où le monde qu’on porte habituellement avec soi cesse tout simplement d’arriver. Batanes fait ça. Elle se tient à l’extrémité nord de l’archipel philippin, plus proche de Taipei que de Manille, et elle porte ce fait géographique dans ses os.
Le poids de la pierre
Les Ivatans ont construit leurs maisons pour résister aux typhons, et ça se voit. Les murs des vieilles demeures en pierre de Sabtang font un demi-mètre d’épaisseur — calcaire et corail, liés à la chaux tirée de coquillages brûlés. En traversant le village de Chavayan tôt le matin, avant que la chaleur ne trouve son angle, je n’arrêtais pas de presser ma paume contre ces murs, comme on touche quelque chose qu’on n’arrive pas tout à fait à croire. Ils sont frais même en juin. Ils sentent la terre humide et la vieille pluie.
Lia a trouvé une femme en train de tisser un vakul — le casque en forme de champignon que les femmes ivatanes portent contre le vent et le soleil — devant sa porte, sur la rue principale. Nous sommes restés à regarder plus longtemps que la politesse ne l’exigeait. La femme ne s’est pas arrêtée, n’a pas levé les yeux. Le rythme de ses mains était une phrase complète à lui seul.
Ce que le chemin vers le Marlboro Country enseigne
Tout le monde l’appelle Marlboro Country, ces collines ondulées au-dessus de Basco, à cause d’une vieille campagne de cigarettes qui avait utilisé ce paysage. Le nom est absurde, et pourtant il reste. Nous sommes arrivés à l’aube sur des scooters de location, la route rendue glissante par la pluie de la nuit, et les collines faisaient quelque chose que je n’avais jamais vu l’herbe faire — bouger en longues vagues lentes, le vent la traversant comme une main dans l’eau.
La surprise, c’était le silence. Je m’attendais au bruit du vent, à la mer au loin, peut-être à des oiseaux. Ce que j’ai trouvé, c’était une sorte de douceur acoustique, comme si les collines absorbaient le son plutôt que de le réfléchir. Debout là, j’ai compris pourquoi les gens parlent de Batanes en termes presque religieux. Ce n’est pas mystique — c’est simplement que le paysage est si complet qu’il ne laisse aucune place à la distraction.
Manger au bout du monde
Le déjeuner à Basco, c’était du luñis — du porc ivatan conservé dans la graisse, cuit jusqu’à ce que les bords soient croustillants — mangé à une table en bois avec vue sur le phare de la colline Naidi. Le goût était profond et franchement salé, rien à voir avec l’adobo, plus proche d’un confit français que de quoi que ce soit d’autre que j’aurais espéré trouver ici. J’en ai commandé une deuxième portion. Je ne le regrette pas.
Quand y aller : De mars à mai offre la fenêtre la plus calme — la saison des typhons s’étend de juin à novembre et peut clouer les vols au sol indéfiniment. Février peut fonctionner si l’on accepte une part d’imprévisibilité.