Al Baleed et le Musée de la Terre de l'Encens
"Une cité qui expédiait du parfum sur trois continents, puis a disparu dans un banc de sable."
Les ruines d'un port marchand médiéval et un musée qui explique, enfin, pourquoi l'encens valait la peine qu'on se batte pour lui.
Je suis allé à Al Baleed en m’attendant à une étape archéologique plutôt aride — une plaque de l’UNESCO, quelques murs de pierre bas, vingt minutes et puis on repart. J’en suis reparti presque trois heures plus tard, ayant réorganisé la majeure partie de ce que je croyais savoir sur l’ancien commerce de l’encens. Le site est posé directement sur le lagon de Salalah, à quelques pas de la plage, et ce qui reste de l’ancienne cité portuaire de Zafar s’étend sur une vaste plaine herbeuse : les fondations d’une mosquée du vendredi, une citadelle fortifiée, et les contours discrets de ce qui fut jadis l’une des cités marchandes les plus riches de la mer d’Arabie.
Traverser une Cité Qui Commerçait Avec Tout le Monde
Les ruines excavées sont plus évocatrices que je ne m’y attendais pour de simples fondations de pierre — on peut suivre le tracé des plus de cent colonnes de l’ancienne mosquée, marcher le long du mur côté mer, et se tenir là où des navires marchands venus de Chine, d’Inde et d’Afrique de l’Est jetaient autrefois l’ancre pour charger l’encens destiné à Rome, au Caire et à Constantinople. Des panneaux d’information en arabe et en anglais expliquent comment Zafar a fonctionné comme un véritable carrefour cosmopolite pendant près de cinq siècles avant de décliner et d’être finalement engloutie par le sable. Il y règne une quiétude au petit matin, des oiseaux travaillant les roseaux du lagon derrière les ruines, qui rend l’ampleur de ce qui existait autrefois plus facile à ressentir qu’à lire.

Le Musée Qui Relie Tout
Le Musée de la Terre de l’Encens se trouve à la lisière du site, et ce sont les quinze rials les mieux dépensés de tout mon séjour dans le Dhofar. Une aile couvre l’histoire maritime d’Oman — des maquettes des navires qui transportaient jadis encens, coton et dattes à travers l’océan Indien — et l’autre est entièrement consacrée à la résine elle-même : comment elle est récoltée sur les Boswellia sacra, classée par couleur et pureté, et pourquoi la variété pâle et translucide « hojari » des montagnes du Dhofar atteignait des prix qui ont financé des royaumes entiers. J’achetais de l’encens dans les souqs depuis des semaines sans comprendre le système de classification, et je suis reparti du musée enfin capable de distinguer une bonne qualité d’une moyenne.

Lia, qui a une tolérance bien plus grande que moi pour les panneaux de texte muséaux, a passé une demi-heure de plus dans la salle des routes commerciales pendant que je m’asseyais dehors près du dhow reconstitué, observant les hérons du lagon et essayant d’imaginer le port tel qu’il devait paraître à son apogée — des mâts partout, des sacs de résine descendus vers l’eau, une odeur de fumée et de sel que ce champ herbeux et paisible a entièrement oubliée.
Quand y aller : Toute l’année — le musée est climatisé et les ruines sont en plein air mais suffisamment exposées pour que le début de matinée ou la fin d’après-midi soit préférable, surtout en dehors du khareef quand la chaleur de Salalah monte. Cela se combine naturellement avec une promenade au bord du lagon au coucher du soleil.