Aerial view of Saint Naum Monastery perched beside the glassy waters of Lake Ohrid, surrounded by dense forest

Europe

Macédoine du Nord

"Je venais pour un lac. Je suis reparti avec ma carte de l'Europe réorganisée."

Le bus depuis Skopje vous dépose à Ohrid en début de soirée, et pendant un instant la lumière fait quelque chose qui devrait être interdit — elle transforme le lac en cuivre martelé, et l’église byzantine de Saint-Jean-Kaneo, posée en équilibre sur son promontoire rocheux au-dessus de l’eau, ressemble moins à un bâtiment qu’à quelque chose que le paysage aurait simplement fait pousser. J’avais entendu parler d’Ohrid, en passant, comme on entend parler d’endroits qui n’ont pas encore tout à fait percé. Je n’étais pas préparé à la façon dont la ville allait immédiatement bousculer ma représentation de ce que pouvait être une ville européenne.

Ohrid est l’un de ces rares endroits avec de vraies couches — établissements néolithiques, amphithéâtre romain, 365 églises construites pour que les fidèles puissent en fréquenter une différente chaque jour de l’année, maisons de l’époque ottomane aux balcons de bois sculpté en surplomb sur des ruelles pavées. Le lac lui-même a environ quatre millions d’années, l’un des plus anciens du monde, et ça se voit dans l’eau : une clarté si extrême qu’on voit jusqu’à quinze mètres de profondeur, un écosystème si isolé qu’il a développé des espèces introuvables ailleurs. J’ai passé une matinée avec un masque et des palmes à dériver au-dessus de roches qui semblaient appartenir à une autre époque. L’après-midi, j’ai mangé de la truite d’Ohrid grillée dans un restaurant avec des chaises en plastique poussées jusqu’au bord de l’eau, pour une addition inférieure au prix d’un café à Paris.

La capitale, Skopje, est traitée moins bien qu’elle ne le mérite. La statuaire néoclassique grotesque déversée le long des berges dans les années 2010 — le fameux projet Skopje 2014 — est franchement horrible, une histoire de Disneyland factice vissée sur une ville qui en avait déjà une vraie. Mais le Vieux Bazar de l’autre côté du Pont de Pierre, c’est le vrai Skopje : des hans ottomans, des ateliers de cuivre, des maisons de thé où des hommes jouent au backgammon comme s’il n’y avait aucune raison particulière de s’arrêter. Ça sent la châtaigne grillée, la viande au feu et le thé épicé, et c’est entièrement authentique. Le Musée national, le Hammam de Daut Pasha, la Mosquée de Mustafa Pasha — rien de tout cela n’a été inventé.

Quand y aller : Mai, juin ou septembre. Juillet et août amènent à Ohrid une affluence que la ville absorbe à peine, et la chaleur en milieu de journée est écrasante. La fin mai est extraordinaire — les fleurs sauvages sont encore là, la température du lac permet de se baigner l’après-midi, et le sentier du monastère au-dessus de Saint Naum est presque désert.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Macédoine du Nord comme une note de bas de page entre la Grèce et la Serbie, un endroit de passage. Les itinéraires sont toujours trop courts — Ohrid présenté comme une excursion d’une journée, Skopje comme une étape de transit. Mais Ohrid seul mérite au minimum trois jours, et les villages du parc national de Galičica au-dessus du lac, où des bergers descendent encore leurs troupeaux par les vieux chemins de montagne, sont le genre de voyage lent qui ne se compresse pas en randonnées d’après-midi. C’est un pays qui récompense ceux qui arrivent sans programme.