The ancient Kasbah of Ait Benhaddou rising from the desert landscape
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Ouarzazate

"Chaque kasbah raconte une histoire de boue et de paille."

La porte du Sahara et le Hollywood du Maroc, entourée de kasbahs couleur rose et de paysages désertiques dignes d'une pellicule.

On arrive à Ouarzazate par les montagnes. Le col du Tizi n’Tichka vous arrache à l’orbite de Marrakech, grimpant à travers des hameaux berbères et des arganiers jusqu’à ce que le paysage bascule et que tout change. Côté sud, le vert disparaît. La terre prend la couleur de la cannelle et de la rouille, le ciel se creuse en un bleu si saturé qu’il semble artificiel, et l’air charrie une sécheresse que l’on sent sur les lèvres en quelques minutes. C’est le seuil du Sahara, et Ouarzazate — prononcé à peu près “ouar-za-zat” — en est le gardien : une ville de garnison devenue décor de cinéma devenue carrefour de voyageurs, installée à la confluence des vallées du Draa et du Dadès comme un point final à la phrase que les montagnes n’ont cessé d’écrire.

La ville elle-même est fonctionnelle plutôt que belle — une grille de larges rues, une poignée d’hôtels, un souk modeste. Mais Ouarzazate n’a jamais été une destination en soi. Elle a toujours été ce qui l’entoure, et ce qui l’entoure est extraordinaire. Les Atlas Studios, fondés en 1983, s’étendent en périphérie comme un rêve fiévreux : des temples égyptiens en plâtre côtoient des monastères tibétains, une arène romaine grandeur nature cuit au soleil, et les murs écroulés d’un décor de Jérusalem offrent de l’ombre aux chats errants. Gladiator, Kingdom of Heaven, Game of Thrones, Lawrence d’Arabie, La Momie — la liste des productions tournées ici ressemble à une anthologie du cinéma épique. La raison, c’est la lumière. Le sud du Maroc offre plus de trois cents jours de soleil par an, et les paysages désertiques peuvent doubler pour la moitié du monde antique avec un minimum de décors.

Mais la vraie vedette, la raison pour laquelle Ouarzazate mérite une place dans tout itinéraire, se dresse à six kilomètres de là, le long des rives de l’oued Ounila. Aït Benhaddou est un ksar — un village fortifié — de bâtisses en terre empilées sur un flanc de colline dans une composition si parfaite qu’elle semble avoir été dessinée plutôt que surgie. L’UNESCO l’a classé en 1987, et les réalisateurs l’avaient découvert bien avant, mais aucune de ces distinctions ne rend vraiment compte de ce qu’on ressent à le contempler en fin d’après-midi, quand les murs de pisé saisissent le soleil couchant et s’embrasent en teintes d’or, d’ambre et de rose profond. Le village est habité depuis des siècles, mais seules quelques familles demeurent encore à l’intérieur des remparts. On traverse la rivière à pied — en sautant de pierre en pierre en saison sèche, en la pataugeant au printemps — et l’on grimpe par d’étroits passages entre greniers et maisons, la terre battue fraîche sous les mains là où l’on s’y appuie dans les sections les plus raides, jusqu’au sommet et une vue qui se déploie sur la vallée dans toutes les directions.

The ancient fortified village of Ait Benhaddou glowing in afternoon light

À l’est d’Ouarzazate, la Route des Mille Kasbahs se déploie le long de la vallée du Dadès, et le nom exagère à peine. Tous les quelques kilomètres apparaît un nouveau village fortifié — certains restaurés et habités, d’autres en train de retourner lentement à la terre dont ils sont issus, leurs tours et leurs créneaux se dissolvant au fil des décennies. L’oasis de Skoura est un paradis inattendu sur cette route : une immense palmeraie qui cache l’élégante Kasbah Amridil, l’une des mieux conservées du sud du Maroc, ses quatre tours se dressant au-dessus des palmiers-dattiers et des amandiers. L’oasis a quelque chose de secret, d’enclos, un monde vert qui existe en défi des plaines arides qui l’entourent.

Plus à l’est, les vallées se resserrent et la géologie devient spectaculaire. Les Gorges du Dadès taillent leur chemin à travers des formations rocheuses qui se tordent en formes surréalistes — un groupe, connu localement sous le nom de “doigts de singe”, s’élève en colonnes si étranges qu’elles semblent sculptées par un géant facétieux. La route dans les gorges grimpe le long d’une corniche avec des épingles à cheveux qui mettent à rude épreuve nerfs et direction. Et puis il y a les Gorges du Todra, où les parois du canyon se resserrent jusqu’à une trouée d’à peine vingt mètres de large tout en s’élevant à trois cents mètres au-dessus de la tête. À midi, le fond des gorges est frais et ombragé, la rivière coulant claire sur des galets lisses, et la seule échelle de la paroi rocheuse — striée d’orange, de rouge et de gris — vous réduit à un point minuscule. Des grimpeurs viennent de toute l’Europe escalader ces parois, mais même rester simplement en bas, la nuque renversée, suffit à ressentir le vertige du temps long.

C’est un paysage bâti par la patience — par des rivières sculptant la roche sur des millions d’années, par le vent polissant les dunes grain par grain, par des mains berbères façonnant boue et paille en kasbahs qui tiennent des siècles avant de retourner à la poussière. Ouarzazate est la porte de tout cela, et cette porte, il se trouve, ouvre sur l’un des corridors visuellement les plus saisissants de la planète.

Ruines du désert et tours de pisé d'Ouarzazate encadrant l'ancien village au loin

Quand y aller : De mars à mai pour des températures agréables, des amandiers en fleurs et des rivières encore gorgées de fonte des neiges. D’octobre à novembre, les journées sont chaudes et les nuits fraîches, sans la chaleur implacable de l’été. Évitez juin à août à moins de vous réjouir des températures dépassant les 40 degrés Celsius dans les vallées désertiques.