Europe
Monaco
"Le kilomètre carré le plus cher du monde, et pourtant ça vaut le détour."
La première fois que je suis arrivé à Monaco, je venais en train depuis Nice, comme la plupart des gens qui n’arrivent pas en hélicoptère ou en superyacht. La gare est souterraine, ce qui fait qu’on monte vers la lumière et qu’on se retrouve soudain… là. Pas de passage de frontière dramatique, pas de révélation spectaculaire. Juste l’odeur de l’échappement et de la bougainvillée, le bruit d’une Porsche négociant quelque chose qui n’a manifestement pas été conçu pour les Porsche, et la mer qui scintille sous la terrasse du Casino comme si on lui avait payé pour avoir cet air-là. Monaco est d’une concentration presque comique. On peut traverser d’un bout à l’autre à pied en vingt minutes et passer par une demi-douzaine de microclimats de richesse en chemin.
Je m’attendais à le trouver vide — un décor pour ultra-riches où il n’y avait rien à faire si on ne dépensait pas cinq cents euros au déjeuner. Ce qui m’a surpris, c’est à quel point l’endroit semblait habité, notamment en bas à La Condamine, le vieux quartier du port, où le marché de la Place d’Armes vend de la socca et de la pissaladière et des fromages locaux à des prix véritablement raisonnables. Le Rocher — la vieille ville sur le promontoire — est tranquillement médiéval une fois qu’on a dépassé les boutiques à touristes, et le Musée Océanographique que Jacques Cousteau a dirigé pendant des décennies reste l’une des meilleures institutions de sciences marines au monde. L’aquarium seul vaut la montée. Dans la cathédrale sur le promontoire, Grace Kelly est enterrée sous une simple dalle de marbre. J’y ai passé dix minutes un mardi matin, presque seul. Monaco vous surprend comme ça.
La nourriture, si on choisit bien, n’a pas à vous ruiner. Le Marché de la Condamine le matin, un verre de rosé sur l’une des terrasses du port d’Hercule à regarder les bateaux, une pizza dans l’une des ruelles derrière le Rocher — Monaco a une échelle humaine que la mythologie de la Formule 1 a tendance à occulter. Allez-y en mai, avant que le chaos du Grand Prix ne s’installe, et vous pouvez parcourir le circuit à pied. Se tenir à l’épingle du Fairmont ou à la sortie du tunnel sans personne autour, c’est l’un de ces moments rares où un endroit qu’on a vu mille fois à la télévision devient soudain réel.
Quand y aller : Avril et septembre sont les meilleurs moments. Avril apporte la chaleur sans la foule, et on peut marcher sur le circuit du Grand Prix avant que les barrières ne soient posées. Septembre offre la meilleure lumière et un port presque vidé — les milliardaires sont partis pour la plupart. Évitez la semaine du Grand Prix en mai à tout prix, sauf si vous êtes là spécifiquement pour la course, auquel cas il faut réserver un an à l’avance.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils réduisent Monaco au Casino et aux yachts et s’en tiennent là, ce qui donne l’impression qu’il n’y a rien à faire pour un voyageur ordinaire. Si, mais il faut regarder légèrement de côté. Le Musée Océanographique, les Jardins Saint-Martin le long des falaises, le Marché de la Condamine un matin de semaine, le Palais Princier à la relève de la garde — Monaco a de la texture si on accepte de s’éloigner un peu de la promenade principale. Il est assez petit pour se découvrir en une seule longue journée, ce qui est exactement la bonne quantité de temps.