Vue aérienne des Îles Rocheuses de Palau — des dizaines de formes de champignons de calcaire boisé s'élevant d'une eau d'un turquoise impossible
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Îles Rocheuses

"L'eau est d'une couleur à laquelle on ne croit pas avant d'y être."

On comprend les Îles Rocheuses depuis un kayak, pas depuis un hors-bord. Un hors-bord vous donne le panorama — les monticules de calcaire coiffés de jungle s’élevant de l’eau turquoise dans toutes les directions, les chenaux qui s’ouvrent entre eux, les frégates qui tournent au-dessus. Mais le kayak vous amène au niveau de l’eau, là où le calcaire a été érodé par l’action des vagues et le sel des marées en surplombs creux, grottes, passages à peine assez larges pour se glisser, et la grammaire visuelle de l’endroit devient soudainement lisible. Les îles flottent. Ou elles semblent flotter — chaque monticule de calcaire creusé au niveau de l’eau jusqu’à ce que seule une base étroite relie la couronne recouverte de jungle au récif en dessous. L’effet, depuis le niveau de l’eau dans un kayak, est quelque chose entre architecture et géologie, et ce n’est pas quelque chose qu’on cesse de remarquer.

Kayakiste pagayant dans un étroit passage calcaire entre deux Îles Rocheuses avec la jungle verte surplombant l'eau turquoise

Le lagon méridional des Îles Rocheuses — site du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012 — couvre environ 100 000 hectares et contient 52 lacs marins en plus des passages océaniques entre les îles. Les lacs marins vont de poches accessibles où on peut nager depuis l’eau libre jusqu’à des bassins enclavés qu’on n’atteint qu’à pied par la crête. Chaque lac est sa propre expérience évolutive, isolé assez longtemps pour développer des espèces endémiques : des méduses particulières, des crevettes particulières, une faune invisible ailleurs. J’ai snorkelé dans un lac où l’eau avait une légère teinte bronze due aux tanins qui s’infiltraient à travers le calcaire, et les espèces de poissons étaient entièrement différentes de celles du récif à cinquante mètres de là de l’autre côté de la crête. Ça donnait l’impression de tromper l’océan avec quelque chose de plus intime.

Les plages des Îles Rocheuses sont pour la plupart de minces langues de corail blanc pulvérisé, accessibles uniquement par bateau, protégées de la houle par le récif extérieur. Long Beach — accessible à kayak depuis la zone d’excursion principale — est l’une de ces plages du Pacifique qui fait paraître tout ce qu’on a précédemment décrit comme une plage une erreur de catégorie. Le sable est blanc et épais et l’eau passe du vert pâle au cobalt en bandes distinctes. En semaine hors saison, elle est vide. Je l’ai parcourue dans sa longueur deux fois et me suis assis au bout à manger des crackers de mon sac étanche avec une vue que je ne pourrai expliquer à personne qui n’y est pas allé.

Plage de sable corallien blanc sur une Île Rocheuse inhabitée entourée d'eau de lagon turquoise et de jungle verte dense

La plongée et le snorkeling ici ne nécessitent pas d’emprunter des superlatifs ailleurs — le système récifal des Îles Rocheuses mène aux célèbres sites de plongée Blue Corner et Ulong Channel de Palau, où les parois portées par le courant accueillent des raies aigle, des requins de récif gris, des napoléons et des coraux mous si denses qu’il semble physiquement impossible que tant de matière vivante occupe le même espace. J’ai fait trois plongées lors d’une excursion d’une journée depuis Koror et je suis revenu à chaque fois avec la même expression vide que le moniteur de plongée, qui l’avait vue des milliers de fois, a reconnue et n’a pas commentée.

Quand y aller : D’octobre à avril, les mers sont plus calmes et la visibilité meilleure. Les Îles Rocheuses sont très réglementées — permis requis, zones de camping restreintes, pas d’ancrage sur le récif. Des excursions d’une journée partent de Koror quotidiennement ; les expéditions de kayak de plusieurs jours doivent être organisées avec des opérateurs agréés.