Asie
Mékong Laos
"Deux jours sur un slow boat et tu oublies qu'il y avait une urgence."
Le slow boat de Huay Xai à Luang Prabang prend deux jours. Ce n’est pas un défaut — c’est tout l’intérêt. On monte à bord à l’aube, on trouve un siège en bois ou un bout de plancher, et le Laos commence simplement à se dérouler autour de soi. Le fleuve se rétrécit et s’élargit. Des montagnes apparaissent et disparaissent derrière des murs verts de jungle. Des pêcheurs sur des pirogues vérifient leurs filets avec le même rythme tranquille que tout le reste sur le Mékong, et quelque part vers la troisième heure, on arrête de regarder son téléphone parce qu’il n’y a rien à vérifier et nulle part ailleurs où l’on préférerait être.
Je suis descendu à Pak Beng, le village étape où tous les slow boats s’arrêtent pour la nuit, et j’ai mangé un bol de khao piak sen — des nouilles épaisses de riz dans un bouillon de porc qui avait le goût d’un truc mijotait depuis le matin — à une table avec vue sur le fleuve qui s’assombrissait. Le village a de l’électricité quelques heures chaque soir. Cette première nuit à manger à la lumière d’une lampe pendant que des chauffeurs de tuk-tuk jouaient aux cartes à la table d’à côté, c’est là que le Laos a cessé de ressembler à un transit pour commencer à ressembler à une destination. Le deuxième jour sur le bateau, je n’ai presque pas bougé. C’est le paysage qui a voyagé à ma place.
Luang Prabang au bout du trajet est le genre de ville qui te fait regretter toutes celles que tu as visitées. Les moines défilent avant 5h du matin pour la cérémonie des offrandes — le tak bat — dans une procession si silencieuse et si précise qu’elle semble mise en scène, sauf que rien ne l’est. On peut manger la meilleure baguette d’Asie du Sud-Est pour l’équivalent de trente centimes. Les cascades de Kuang Si, à vingt kilomètres, sont exactement ce turquoise que les photographes doivent habituellement tricher pour obtenir — et ici c’est réel.
Quand y aller : De novembre à février — la saison sèche — quand le fleuve est limpide, l’air frais et les cascades pleines. Évite mai à octobre si tu veux l’expérience du slow boat plutôt qu’une traversée boueuse ; le Mékong coule marron et haut en saison des pluies, et la brume de jungle qui rend le paysage magique devient une bruine continue.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils vendent le Laos comme une version « plus lente et moins touristique » de la Thaïlande ou du Vietnam, ce qui le sous-estime complètement. Le voyage sur le Mékong n’est pas un moyen d’arriver quelque part — c’est la chose en elle-même. Trop de voyageurs réservent le speed boat ou le bus pour gagner du temps, puis passent leurs journées à Luang Prabang à se demander pourquoi ça ne ressemble pas à ce qu’on leur avait dit. Les deux jours sur le fleuve sont ceux qui t’étalonnent. Sans eux, tu arrives, mais tu n’es pas vraiment arrivé.