Conservatoire Olare Motorogi
"J'ai observé un lion pendant deux heures sans un seul autre véhicule. Je ne savais pas que c'était possible."
Quand le lion a cessé de marcher et s’est assis au milieu de la piste pour se toiletter, nous nous sommes aussi arrêtés, et pendant les vingt minutes suivantes il n’y avait rien entre lui et nous que quinze mètres d’air matinal. Aucun autre véhicule. Aucun murmure d’autres moteurs. Juste le lion, méthodique et indifférent, s’occupant de ses ablutions sous la pâle lumière matinale, et ma propre respiration, que j’essayais de garder très silencieuse. J’avais fait des safaris dans la réserve principale où un seul lion attirait douze véhicules qui formaient instantanément un parking, les appareils photo cliquetant comme une pluie sur un toit en tôle. Dans Olare Motorogi, les règlements limitent strictement le nombre de véhicules et de camps, et l’effet sur la qualité d’une rencontre est quasiment impossible à surestimer.
Olare Motorogi est situé à la limite nord de la réserve principale, une mosaïque de terres communautaires maasaïes louées à la conservation, et les deux sections — Olare et Motorogi — fonctionnent comme un seul couloir écosystémique. Le terrain évolue ici de façons qui entretiennent l’intérêt : les plaines à herbe courte du Mara classique font place à un relief plus varié, avec des lignes de drainage denses d’acacias siffleurs et des affleurements rocheux où les kopjes brisent l’horizon. Les kopjes sont le territoire des léopards, et ce conservatoire possède une concentration de léopards qui le rend véritablement différent des sections plus ouvertes de l’écosystème.

J’y ai passé trois nuits dans un camp si peu impactant qu’il donnait presque l’impression de dormir dans la brousse plutôt qu’à côté — quelques tentes en toile retirées d’un lit de rivière à sec, des douches à eau chauffée au feu de bois, des lampes à huile au dîner. La nourriture était la cuisine de camp élevée au-delà du nécessaire : une soupe de potiron si épaisse qu’une cuillère pouvait y tenir droite, un tilapia grillé avec une chutney au gingembre, une tarte aux fruits de la passion arrivée à table encore chaude. Dîner à la lueur des lampes avec les sons de la brousse s’invitant sans prévenir à travers la toile, on ressent le plaisir particulier d’être quelque part qui n’a fait aucune concession au confort mais n’a pas non plus confondu confort et luxe.
Les sorties nocturnes ici — autorisées parce que c’est un conservatoire privé et non la réserve nationale — ont leur propre révélation. Des oryctéropes trottent sur la piste. Des genettes glissent le long des poteaux. Des lièvres sauteurs bondissent dans le faisceau en arcs paraboliques qui semblent physiquement improbables. Et une fois, la dernière nuit, un chat serval s’est figé dans l’herbe au bord de la piste, ses oreilles démesurées pivotant indépendamment l’une de l’autre, son pelage tacheté si précis qu’il semblait dessiné plutôt qu’avoir évolué.

Quand y aller : Toute l’année. Le nombre contrôlé de véhicules du conservatoire garantit des rencontres de qualité quelle que soit la saison. Les mois secs (juillet–octobre) amènent la Migration à la frontière de la réserve adjacente et offrent des observations fiables de grands félins. La saison verte apporte une vie aviaire extraordinaire et le spectacle du paysage en pleine couleur.