Cinq capybaras nageant ensemble dans une rivière d'un vert luxuriant dans les zones humides vénézuéliennes

Amériques

Los Llanos

"Rien ne vous prépare à un horizon aussi plat, aussi vivant, aussi complètement indifférent à votre présence."

Je suis arrivé au hato en fin d’après-midi, quand la lumière virait à l’orange et que les aigrettes arrivaient de l’est par milliers. Le camion avait rebondi sur une piste en terre pendant deux heures, rien de chaque côté que de la savane et de l’eau — ce genre de platitude qui vous fait penser à la courbure de la Terre. Puis le chauffeur s’est arrêté, a coupé le moteur et a dit : regardez. Une famille de capybaras traversait la piste à vingt mètres devant nous. Derrière eux, trois caïmans n’avaient pas bougé de la rive. Un jabiru d’Amérique passait devant toute la scène comme s’il avait un rendez-vous urgent. Los Llanos ne monte pas vers un climax. Ça démarre à plein volume et ça reste ainsi.

Los Llanos vénézuéliens forment une zone humide intérieure — plus de 300 000 kilomètres carrés — qui se retrouve dramatiquement inondée à chaque saison des pluies et sèche jusqu’à la terre craquelée et les mares d’ici février. C’est l’effet de concentration qui rend la saison sèche extraordinaire : au fur et à mesure que l’eau recule, toutes les espèces de l’écosystème convergent vers les mêmes mares qui rétrécissent. On sort à cheval avant l’aube, et le temps que le soleil passe l’horizon, on a déjà vu des anacondas épais comme une cuisse d’homme, des dauphins de rivière qui remontent à la surface dans l’eau brune, et des nuées d’ibis rouges qui arrivent comme un système météorologique écarlate. Les guides locaux — les llaneros qui travaillent ces plaines depuis des générations — savent où se trouve chaque animal avec une intimité qu’aucun GPS ne peut reproduire.

Ce qui me frappe le plus, c’est le contraste entre le vide apparent et la densité réelle de vie. Los Llanos ressemble, au premier coup d’œil, à rien — juste de l’herbe, du ciel et un palmier de temps en temps. Puis les yeux s’adaptent. L’Orénoque forme la limite sud des Llanos occidentaux, et les rivières plus petites qui s’en écoulent sont là où l’action se concentre. Le Hato El Cedral dans l’État d’Apure est le point d’entrée classique : un ranch d’élevage actif qui fait aussi office de réserve naturelle, où les hôtes chevauchent aux côtés de llaneros qui ont autant de chances de s’arrêter pour un anaconda que pour une vache égarée. La cuisine des hatos est simple et honnête — la gastronomie llanera tourne autour du bœuf, des arepas et de la chicha, une boisson fermentée à base de maïs qui a un goût quelque part entre la bière et le pudding.

Quand y aller : De décembre à avril, c’est la saison sèche et la meilleure fenêtre pour observer la faune. Les mares rétrécissent, les animaux se concentrent et les pistes restent praticables. Évitez la saison des pluies (mai–novembre) sauf si vous voulez voir Los Llanos en pleine inondation — ce qui est spectaculaire d’une autre manière, en pirogue, mais plus difficile à parcourir.

Ce que la plupart des guides ratent : Tout le monde arrive en espérant voir un jaguar ou un anaconda, et la pression pour fournir ces animaux vedettes peut dénaturer une visite. Le vrai spectacle de Los Llanos est aviaire. Plus de 300 espèces d’oiseaux habitent la région, et le volume — le bruit, le mouvement, la façon dont un seul arbre peut abriter cent hérons nicheurs — est quelque chose qu’aucun documentaire animalier ne retranscrit vraiment. Emportez les jumelles avec autant de sérieux que la crème solaire.