Le lac Piso à l'aube, eau vitreuse reflétant les nuages, une pirogue de pêcheur au premier plan, des mangroves bordant la rive lointaine
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Lac Piso

"Le lac tenait le ciel si parfaitement que pendant un moment je ne pouvais pas distinguer quel côté était le haut."

On peut marcher depuis la plage de Robertsport jusqu’au bord du lac Piso en une quinzaine de minutes — quinze minutes du surf atlantique au silence le plus absolu que j’aie trouvé en Afrique de l’Ouest. Le lac est séparé de l’océan par une étroite bande de sable et de palmiers, et cette proximité lui donne une étrange double qualité : on peut entendre l’océan depuis le lac par un matin calme, une présence basse et continue derrière le silence de l’eau. Le lac couvre environ 75 kilomètres carrés d’eau douce reliée à l’Atlantique par un système de chenaux que les pêcheurs locaux naviguent avec la précision de gens qui ont mémorisé chaque haut-fond.

Je suis sorti sur le lac avec un pêcheur nommé Emmanuel, qui avait une étroite pirogue et un style de pagayage qui semblait ne demander aucun effort et produisait une vitesse considérable. Il parlait anglais de façon limitée et moi je ne parlais pas kru, donc nous avons voyagé principalement en silence, ce qui convenait à l’endroit. Le matin était couvert et l’eau était couleur étain, parfaitement plate, et les mangroves le long de la rive nord s’y reflétaient si exactement que les vrais arbres et les arbres reflétés devenaient interchangeables. J’ai pris des photos que je savais ne pas fonctionner. Certaines choses exigent d’être physiquement présent et le lac à l’aube en fait partie.

Chenaux de mangroves sur la rive nord du lac Piso, les étroites voies navigables accessibles uniquement en petite pirogue

La vie aviaire sur le lac est considérable. Les aigrettes garzettes travaillent les eaux peu profondes à leur façon mécanique. Des pygargues vocifères appellent depuis des arbres morts au-dessus des mangroves avec ce cri perçant et haut qui porte à travers tout le lac les matins calmes. Emmanuel a cessé de pagayer deux fois pour observer quelque chose dans les roseaux que je n’ai jamais identifié, bien que son immobilité ait été totale et clairement pratiquée. Les camps de pêche sur la rive nord du lac — des ensembles de plateformes en bois construites au-dessus de l’eau avec des toits de chaume et des filets séchant sur chaque surface disponible — abritent des hommes qui peuvent passer des semaines à la fois sur le lac, se déplaçant entre les camps et pêchant la nuit en utilisant des lumières qui attirent les poissons vers la surface.

La connexion entre le lac et l’Atlantique à travers les chenaux et les lagunes crée une zone de transition saumâtre qui supporte un écosystème particulier — certaines espèces de poissons traversent entre les deux plans d’eau, en suivant quelque chose dans la chimie de l’eau qu’Emmanuel a expliqué et que je n’ai suivi qu’à moitié. Ce que j’ai compris, c’est que les pêcheurs lisent l’eau différemment selon la zone dans laquelle ils travaillaient, et que cette lecture était en partie enseignée et en partie intuitive, accumulée sur des générations de gens vivant entre le sel et le doux.

Camp de pêcheurs sur des plateformes surélevées au-dessus du lac Piso, filets séchant sous la lumière matinale avec le lac s'étendant derrière

Le lac en tant qu’expérience requiert de la patience plutôt qu’un programme. Il n’y a rien à voir sur lui au sens où cette phrase s’emploie habituellement. Sa beauté est lente et spécifique : la façon dont la lumière change sur l’eau plate, le son d’une pagaie entrant proprement dans l’eau, l’odeur de boue et de végétation et de poisson qui flotte sur les chenaux, la qualité du temps qui se dilate sur une surface plate quand on n’a nulle part particulièrement à aller. Je trouve que je me souviens du lac plus précisément que de la plupart de ce que j’ai vu au Liberia, et je soupçonne que c’est parce qu’il n’y avait rien qui concurrençait pour mon attention.

Quand y aller : La saison sèche — novembre à avril — offre les conditions lacustres les plus calmes et les chenaux les plus navigables. Organisez une pirogue via les communautés de pêcheurs à Robertsport ; le camp de surf là-bas peut faciliter les présentations. Le matin est le seul moment pour être sur l’eau — à midi le vent se lève et le miroir a disparu.