Plage de sable rose et eaux turquoise sur l'île Padar, dans le Parc National de Komodo en Indonésie, avec des collines volcaniques en arrière-plan

Asie

Île de Komodo

"Je suis venu pour les dragons et je suis resté pour l'eau — l'océan le plus vivant dans lequel j'aie jamais nagé."

Le premier dragon que j’ai vu prenait le soleil sur l’embarcadère en bois de Loh Liang, à vingt mètres du poste des gardes, aussi indifférent à ma présence qu’un chat sur un rebord de fenêtre chauffé par le soleil. Il était énorme — près de trois mètres du museau à la queue — et dégageait une légère odeur de charogne, ce qui se comprend quand on saisit comment il se nourrit. Un garde m’a escorté devant lui avec un bâton fourchu, non comme accessoire pour touristes mais comme protocole réel. C’est encore une zone sauvage à part entière. Le dragon peut me dépasser à la course sur de courtes distances. L’endroit tout entier ressemblait moins à un parc national qu’à une négociation permanente.

Le Parc National de Komodo s’étend sur trois îles principales — Komodo, Rinca et Padar — ainsi que quelques dizaines de plus petites, et les dragons n’en sont qu’une partie. Le paysage lui-même est presque hallucinatoire : des collines de savane sèche couleur de paille, ceinturées d’une eau qui oscille entre le turquoise, le jade et l’indigo profond selon la profondeur. La fameuse plage rose doit sa couleur au corail rouge broyé mêlé au sable blanc, et c’est réel — pas un filtre, pas une exagération. Je m’y suis assis à six heures du matin, avant l’arrivée de tout autre bateau, et j’ai mangé un gâteau de riz acheté la veille à Labuan Bajo, incapable de décider dans quelle direction regarder.

La plongée et le snorkeling ici fonctionnent à un niveau différent de tout ce que j’ai fait en Asie du Sud-Est. Les courants autour de Komodo sont forts et froids, ce qui explique précisément pourquoi la vie sous-marine y est si extraordinaire — les nutriments remontent des eaux profondes et nourrissent tout, des hippocampes pygmées aux raies manta en passant par les requins baleines. J’ai passé une matinée à dériver dans un chenal à Crystal Rock, à regarder un banc de carangues se déplacer comme une seule pensée argentée. Une raie manta de la taille d’une table à manger traçait de paresseux cercles sous moi. J’ai plongé aux Maldives, à Raja Ampat, dans le Yucatán. C’était différent. C’était plus sauvage.

Quand y aller : D’avril à novembre, c’est la saison sèche — mers les plus calmes et meilleure visibilité sous l’eau. La haute saison des raies manta s’étend de décembre à mars, quand la mousson du nord-ouest apporte des eaux riches en plancton — mais la mer peut être agitée et certains bateaux ne sortent pas. Mai et juin constituent le meilleur compromis : sec, dégagé, et moins fréquenté qu’en août.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent Komodo comme une excursion à la journée depuis Bali, ce qui est techniquement faisable et fondamentalement faux. Il faut prendre un vol jusqu’à Labuan Bajo sur Flores, passer au moins deux nuits sur un liveaboard ou un bateau local, et partir à l’aube avant les groupes organisés. Les dragons sont secondaires par rapport à l’océan. La plupart des visiteurs repartent sans avoir plongé et passent à côté de l’essentiel.