Une embarcation traditionnelle du Kerala glissant sur les eaux calmes des backwaters longeant de grands cocotiers sous un ciel dégagé

Asie

Kerala

"L'endroit qui m'a appris ce que le mot « vert » signifie vraiment."

Je suis arrivé à Alleppey par le train de nuit depuis Bangalore et j’ai posé le pied sur le quai dans un air si humide qu’il donnait l’impression d’une serviette chaude plaquée contre le visage. Pas désagréable pour autant — imprégné d’un parfum floral et légèrement fermenté, l’odeur qu’un lieu produit quand il fait pousser des choses depuis dix mille ans sans interruption. Un homme avec un auto-rickshaw cabossé m’a conduit douze minutes jusqu’à la berge d’un canal, et là il était : un kettuvallam, une barge à riz traditionnelle convertie en chambre flottante, amarrée entre des murs de pandanus et de cocotiers. J’étais sur l’eau moins d’une heure après être arrivé. Je n’avais besoin d’être nulle part ailleurs.

Le Kerala fonctionne selon une logique différente du reste de l’Inde. C’est l’État le plus alphabétisé du pays, le plus égalitaire, le plus vert. L’Ayurveda n’y est pas une tendance bien-être — c’est de l’architecture, de l’économie, de la vie quotidienne. La cuisine est construite autour de la noix de coco sous toutes ses formes : huile, crème, fraîchement râpée, grillée. Les currys de poisson arrivent dans des pots en argile avec du tamarin et de la mangue verte. Le petit-déjeuner, c’est l’appam avec son ragoût — la crêpe de riz dentelle baignant dans un fond de lait de coco avec des morceaux de poulet qui se défont au toucher. À Fort Kochi, les filets de pêche chinois qui pendent au bord de l’eau depuis le XIVe siècle fonctionnent encore à l’aube, et les pêcheurs vendent leur prise à portée de bras de là où l’on boit son premier café.

Les Ghats occidentaux s’élèvent contre le flanc est de l’État comme un mur vert. Munnar est niché dans ce mur à près de 1 600 mètres d’altitude, et ses jardins de thé sont le genre de paysage qui fait comprendre pourquoi des empires ont fait la guerre pour du territoire. Des rangées d’arbustes de Camellia sinensis taillés couvrent chaque versant, des femmes en saris colorés se déplacent entre eux avec leurs sacs. Depuis Munnar, on peut randonner jusqu’au parc national d’Eravikulam et observer le tahr du Nilgiri — des bouquetins hirsutes à l’allure préhistorique — brouter sur les crêtes sans se préoccuper de votre présence.

Quand y aller : D’octobre à mars, c’est la période la plus sèche et la plus agréable. La mousson du sud-ouest arrive en juin et le Kerala la reçoit de plein fouet — le vert s’intensifie jusqu’à une profondeur presque hallucinatoire et les backwaters gonflent. Voyager pendant la mousson est possible et beau si l’on accepte d’être mouillé. Évitez avril et mai : la chaleur d’avant les pluies est lourde et sans récompense.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils transforment les backwaters en excursion d’une journée. Un après-midi sur une péniche n’est pas le Kerala — c’est une photographie du Kerala. Restez deux nuits. Laissez le rythme vous transformer. L’objectif n’est pas de voir les canaux ; c’est de ralentir suffisamment pour commencer à remarquer ce qui s’y trouve vraiment.