Vérone
"Vérone a mérité sa réputation de ville de l'amour bien avant que Shakespeare arrive pour le confirmer."
Vérone a mérité sa réputation de ville de l’amour bien avant que Shakespeare arrive pour le confirmer.
Je suis venu en espérant le balcon de Juliette et je suis reparti en pensant à la lumière — cet ambre particulier qui s’installe dans la pierre de la Piazza Bra vers six heures du soir, quand l’Arena di Verona passe de monument à fournaise. Deux mille ans de soleil ont imprégné ces arches romaines et elles le restituent lentement, à contrecœur, comme un lieu qui retient la chaleur après le départ des hommes.
L’Arena et l’Adige
L’Arena est le centre de gravité. On ne peut pas se promener dans la vieille ville sans finir par en faire le tour. La nuit, en juillet, quand la saison lyrique bat son plein, les pierres millénaires s’emplissent de voix — Verdi, Puccini — et le son traverse l’Adige vers les collines. Lia et moi avons surpris une répétition d’après-midi par hasard, en empruntant la mauvaise porte, et nous sommes restés dans les gradins vides à écouter une soprano tester l’acoustique, seule. Pas de public, pas de décor, rien que le cercle de pierre romaine et sa voix qui montait vers nulle part. Voilà la surprise que Vérone nous réservait.
L’Adige traverse la ville comme une ponctuation, et les ponts qui l’enjambent — le Ponte Pietra surtout, avec ses arches romaines et médiévales mêlées après la reconstruction d’après-guerre — récompensent ce genre de marche lente qui ne va nulle part en particulier. La rive nord, passé le Castel San Pietro sur sa colline, offre des panoramas que la plupart des visiteurs ne prennent pas la peine de chercher. Nous nous y sommes assis pour manger un cornet de gnocchi frits achetés à un camion près des escaliers, en regardant la ville s’organiser en contrebas.
Corso Sant’Anastasia et les rues de traverse
Loin de la machinerie touristique de Roméo et Juliette autour de la Via Cappello, les vieux quartiers respirent avec plus d’honnêteté. Le Corso Sant’Anastasia remonte vers le nord depuis la Piazza delle Erbe entre des palazzi que personne n’a mis en scène pour personne. L’église au bout — Sant’Anastasia elle-même — abrite dans la sacristie une fresque de Pisanello qui m’a cloué sur place. Saint Georges devant la princesse, une forêt de pendus à l’arrière-plan, le tout peint en 1436 avec l’autorité tranquille de quelqu’un qui savait que la beauté et la cruauté partagent la même pièce.
Déjeuner à Vérone, c’est le risotto all’Amarone, mijoté dans le vin local de Valpolicella jusqu’à ce qu’il prenne une teinte brique profonde et qu’il ait le goût de la vallée en novembre. Les trattorias des petites rues à l’est de la Piazza delle Erbe le servent sans cérémonie, dans des bols en céramique, avec une carafe de vin maison qui ne coûte presque rien.
Quand y aller : De fin avril à début juin, c’est le moment idéal — la saison des opéras n’a pas encore commencé, les places respirent, les températures restent douces et la glycine sur les vieux murs du Lungadige San Giorgio est encore en fleur.