Perugia
"Perugia est une ville étrusque dans une peau italienne coiffée d'un chapeau d'étudiant — et elle s'en tire admirablement avec les trois."
Je suis arrivé à Pérouse à la mauvaise heure, qui s’est révélée être la bonne. En fin d’après-midi d’octobre, le soleil frappait les façades en travertin du Corso Vannucci à un angle si rasant et si doré que la scène semblait mise en scène — comme une ville qui aurait répété son entrée. Lia s’est arrêtée au bord de la rue pour regarder un groupe d’étudiants débattre avec passion de quelque chose sur un téléphone, et elle a dit : ça ne ressemble pas à un musée.
Elle avait raison. Pérouse est une de ces villes italiennes perchées qui n’ont jamais tout à fait capitulé devant leur propre version carte postale.
Le poids de la pierre
L’Arco Etrusco de Via Ulisse Rocchi m’a stoppé net. Ce n’est pas une reconstruction ni un fragment conservé derrière une vitre — c’est une porte que l’on traverse sans interruption depuis vingt-trois siècles. Les assises inférieures, enormes et posées à sec, appartiennent aux Étrusques. Au-dessus, une arche romaine. Une loggia Renaissance couronne l’ensemble. Trois civilisations empilées comme des strates géologiques, et les étudiants à vélo la franchissent sans lever les yeux.
L’Aqueduc de Pérouse, reconverti en promenade piétonne, offre la balade la plus étrange d’Ombrie — un ouvrage d’ingénierie médiéval transformé en esplanade, qui se faufile entre des fenêtres d’appartements et des cordes à linge au-dessus de la ville basse. De là, la vue s’ouvre sur une vallée dont la forme fondamentale n’a pas changé depuis avant même l’existence de Rome.
Chocolat et piazza
Pérouse accueille l’Eurochocolate chaque octobre, qui transforme le centre historique en quelque chose de véritablement délirant, dans le meilleur sens du terme : sculptures taillées dans des blocs de Perugina noir, brouillard émis par des distributeurs refroidis à l’azote, odeur de cacao sur la pierre ancienne. L’usine Perugina elle-même se trouve juste à l’extérieur de la ville — un pèlerinage pour quiconque a grandi en ouvrant un Baci et en lisant le petit message d’amour à l’intérieur.
Mais la vraie surprise n’était pas le chocolat. C’était la Galleria Nazionale dell’Umbria, où j’avais prévu de passer vingt minutes et où je suis resté deux heures. Perugino — le peintre qui allait plus tard former Raphaël — est né près d’ici, et salle après salle conserve son œuvre, imprégnée de cette lumière ombrienne si particulière : douce, sacrée, légèrement mélancolique. Je me suis arrêté devant son polyptyque d’autel et j’ai senti le silence gagner la pièce autour de moi.
Dîner sur le Corso
Le dîner, c’était de la torta al testo — une galette cuite sur une pierre de grès, fourrée de prosciutto et de stracchino — mangée debout au comptoir d’une échoppe de Via dei Priori, arrosée de Sagrantino de Montefalco, qui coûte presque rien à Pérouse et a le goût des collines telles qu’on les voit.
Quand y aller : Octobre s’impose — l’Eurochocolate se tient à la mi-mois et la lumière est extraordinaire — mais fin avril convient aussi parfaitement, avant l’arrivée des cars de touristes et quand les vallées ombrienness sont encore vertes.