Les cinq villages des Cinque Terre — Monterosso, Vernazza, Corniglia, Manarola, Riomaggiore — s’accrochent à un tronçon de la côte ligure si abrupt que pendant des siècles, le seul accès se faisait par barque ou par sentier muletier. Les terrasses de vignobles qui les surplombent ont été bâties à la main, pierre après pierre, au fil des générations, et le vin qu’elles produisent — le Sciacchetrà, un doux vin de dessert couleur ambre élaboré à partir de raisins séchés à l’air marin — a le goût de l’effort qu’il a fallu pour le faire. Je suis arrivé en train depuis La Spezia un matin de début octobre, et quand le tunnel s’est ouvert et que Riomaggiore est apparu — vertical, improbable, les maisons empilées comme des livres sur une étagère penchée — j’ai émis un son qui n’était pas tout à fait un mot.
Les Villages
Vernazza est le joyau, son minuscule port encadré par une tour médiévale et des maisons dans tous les tons d’ocre et de rose. Le port est si petit qu’une poignée de bateaux de pêche et quelques baigneurs le remplissent entièrement, et c’est précisément cette intimité d’échelle qui fait tout — ce n’est pas une station balnéaire, c’est un village qui se trouve être extraordinairement beau. Je me suis assis sur la jetée avec un cornet d’anchois frits et un verre de Vermentino local, à regarder la lumière de l’après-midi glisser sur les façades, et j’ai compris pourquoi les gens reviennent ici année après année. Manarola est le plus photographié, surtout au crépuscule quand les maisons s’illuminent contre la mer assombrie dans des couleurs qui semblent retouchées mais ne le sont pas.
Corniglia est le plus haut perché, le seul village sans accès direct à la mer, que l’on atteint par un escalier de 382 marches — la Lardarina — qui vous vaut une atmosphère plus calme et plus résidentielle, ainsi que des vues qui s’étendent dans les deux sens le long de la côte. Monterosso possède la seule vraie plage, une bande de sable entre la vieille ville et la nouvelle. Riomaggiore dégringole jusqu’à une crique rocheuse où les baigneurs partagent l’eau avec les barques de pêche.

Les Sentiers
Les sentiers de randonnée entre les villages sont la meilleure façon de découvrir la côte — le Sentiero Azzurro longe le sommet des falaises à travers les oliveraies et les flancs en terrasses, chaque virage révélant un nouveau village impossible collé contre la roche. Le tronçon le plus difficile, de Vernazza à Corniglia, est aussi le plus gratifiant : on monte à travers des vignobles si raides que les raisins sont récoltés par monorail, et la sueur est le prix d’entrée pour des vues qui semblent méritées plutôt qu’offertes. Le sentier supérieur — le Sentiero Rosso, ou Chemin Rouge — court le long de la crête, à travers forêt et prairie, avec la mer très en bas et les montagnes des Apennins dans le dos.
Nagez depuis les rochers, mangez du pesto sur des trofie fraîches — c’est ici que le pesto est né, et on ne le goûte vraiment qu’ici, préparé avec le petit basilic parfumé qui pousse dans ces collines. Buvez le vin blanc local. Prenez le train entre les villages quand les jambes refusent de coopérer — les tunnels sont courts, et chaque gare s’ouvre sur une nouvelle scène improbable.

Quand y aller : D’avril à mai ou de septembre à octobre. L’été est magnifique mais les sentiers étroits sont extrêmement bondés — les autorités du parc limitent désormais le nombre quotidien de visiteurs, pensez donc à réserver vos permis de randonnée à l’avance. Fin septembre est idéal : assez chaud pour nager, assez calme pour entendre la mer.