Il y a un moment sur l’île de Komodo où l’on réalise qu’on se trouve à dix mètres d’un reptile prédateur de trois mètres de long, resté pratiquement inchangé depuis quatre millions d’années, et que la seule chose qui s’interpose entre lui et vous est un garde du parc armé d’un bâton fourchu. Le dragon de Komodo — le plus grand lézard vivant du monde — n’est pas une attraction attendrissante. C’est un véritable prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, doté d’une salive venimeuse, d’une stratégie de chasse patiente et d’une indifférence métabolique à votre présence qui est, d’une certaine façon, plus troublante que l’agressivité. Quand l’un d’eux fait vibrer sa langue jaune fourchue dans votre direction pour lire l’air, on comprend viscéralement que cette île appartient à quelque chose de plus ancien que vous.
Le parc national de Komodo englobe trois îles principales — Komodo, Rinca et Padar — plus des dizaines de plus petites, et l’expérience va bien au-delà des dragons. Rinca est en réalité mon île préférée pour les rencontres avec les dragons : moins de touristes, un terrain plus sauvage, et de meilleures chances de les voir dans un comportement vraiment naturel plutôt qu’avachis près du poste des rangers. La randonnée à travers la savane de Rinca, avec des dragons visibles le long du sentier et des cerfs qui broutent nerveusement au loin, est l’une des marches les plus primitives que j’aie jamais faites.

L’île de Padar n’abrite aucun dragon mais offre sans doute le plus beau panorama de tout le parc — une montée raide vers un sommet qui surplombe trois baies, chacune avec une couleur de sable différente : blanc, rose et noir. Le lever du soleil depuis le sommet, avec les baies qui captent la lumière naissante et les îles environnantes qui émergent de la brume matinale, est l’image qui a fini par définir Komodo pour toute une génération de voyageurs. Cette réputation est méritée. Les plages roses — leur couleur vient de micro-organismes rouges mélangés au sable blanc — parsèment plusieurs îles et sont véritablement surréelles. Nager dans une eau aussi limpide, regarder vers le bas des jardins de coraux visibles depuis la surface, avec du sable rose entre les orteils — cela ne semble pas tout à fait réel.

La plongée ici est de classe mondiale et exigeante. Les courants dans le détroit de Komodo sont puissants — c’est là que l’océan Indien rencontre la mer de Flores — et l’eau riche en nutriments nourrit un écosystème marin qui rivalise avec Raja Ampat. Les raies manta sont la vedette, avec des raies manta récifales et les plus grandes raies manta océaniques présentes en même temps. Batu Bolong, un piton sous-marin balayé par les courants, est recouvert de coraux mous si denses qu’ils évoquent un jardin sous-marin conçu par quelqu’un avec un budget illimité et aucun sens de la retenue.
Quand y aller : D’avril à juin et de septembre à novembre. Juillet et août apportent des vents forts et des mers plus agitées. Les droits d’entrée dans le parc ont considérablement augmenté en 2023 — prévoyez en conséquence, mais sachez que l’argent finance une conservation sérieuse.