Jaipur
"Une ville peinte d'une seule couleur, délibérément, et qui ne donne pourtant jamais l'impression d'un gadget."
La Ville Rose, planifiée par un roi guerrier-astronome, où des fenêtres en nid d'abeille, un observatoire de pierre et un fort perché sur une colline fonctionnent encore selon une géométrie du XVIIIe siècle.
Jaipur est rose parce qu’un roi a décidé qu’elle le serait, et ce simple fait en dit long sur la façon dont toute la ville est construite. Le maharaja Ram Singh II a fait peindre la vieille ville en rose terracotta en 1876 pour accueillir le prince de Galles, et la couleur est restée comme une obligation civique — les devantures de la ville fortifiée sont encore tenues de la maintenir. Je suis arrivé en train depuis Delhi en m’attendant à une curiosité, et j’ai trouvé à la place tout un plan urbain, tracé en 1727 par le maharaja Jai Singh II selon les principes du Vastu Shastra, avec neuf blocs rectangulaires et de larges avenues qui en font l’une des premières villes planifiées d’Inde. On ressent la géométrie avant de la comprendre — Jaipur a une logique dans son chaos que Delhi et Varanasi n’ont tout simplement pas.
Le Hawa Mahal est le bâtiment que tout le monde vient photographier, et il mérite l’attention sans jamais totalement s’expliquer une fois qu’on est devant lui. Cinq étages de grès rose alvéolés de 953 petites fenêtres, construit en 1799 pour que les femmes du foyer royal puissent observer la vie et les processions de la rue sans être vues elles-mêmes — une architecture de purdah transformée en quelque chose de si beau qu’elle est devenue le symbole de tout l’état. Je me suis tenu de l’autre côté de la rue à sept heures du matin, café à la main, regardant le premier soleil frapper la façade et transformer chacune de ces petites fenêtres en une flamme distincte. C’est l’un de ces bâtiments où la raison pratique de son existence — la dissimulation — a produit un objet de pur excès visuel.

Un roi qui préférait les étoiles à la salle du trône
Jai Singh II n’était pas seulement un urbaniste — c’était un astronome obsessionnel, et le Jantar Mantar qu’il a fait construire en 1734 est la chose la plus étrange que j’aie vue en Inde. C’est un observatoire entièrement fait d’instruments en maçonnerie : un cadran solaire de près de vingt-sept mètres de haut, précis à deux secondes près, des hémisphères de pierre traquant le zodiaque, des instruments construits pour calculer les éclipses des siècles avant que quiconque ici n’ait de télescope. Le parcourir donne l’impression de se promener dans un jardin de sculptures conçu par un mathématicien ayant une très bonne journée. J’ai engagé un guide pendant vingt minutes juste pour qu’on m’explique ce que je regardais, et même alors, la moitié m’a échappé, agréablement.

Le fort d’Amber se trouve à onze kilomètres de la ville, sur une crête au-dessus du lac Maota, et il vaut le déplacement rien que pour le Sheesh Mahal — un palais des miroirs où une seule bougie, réfléchie à travers des milliers de fragments de verre incrustés, suffisait autrefois à illuminer toute la salle comme un ciel nocturne. J’y suis monté en fin d’après-midi, dépassant les éléphants transportant des touristes sur la rampe (j’ai préféré marcher — je me suis senti mieux avec cet échange), et j’ai regardé le reflet du fort se poser sur le lac en contrebas tandis que la lumière virait à l’or. Entre le fort, l’observatoire et la famille royale toujours résidente au City Palace, Jaipur est cette ville rare où l’on peut suivre l’esprit tout entier d’un roi à travers trois bâtiments complètement différents.
Quand y aller : De novembre à février pour des journées fraîches et claires — essentiel pour la longue montée jusqu’au fort d’Amber. Évitez mai et juin, quand Jaipur dépasse régulièrement les 40°C et que le grès rose vous renvoie pratiquement la chaleur au visage.