Ladakh
"Une terre si haute et si vide qu'elle vous donne l'impression d'être le dernier être humain sur Terre."
Le Ladakh, c’est l’Inde dans ce qu’elle a de plus extrême et de plus beau. Niché à l’extrémité occidentale de l’Himalaya, cet ancien royaume bouddhiste occupe un désert d’altitude où l’air est rare, le ciel d’un bleu presque indécent, et les monastères s’agrippent aux falaises comme si la gravité n’était qu’une suggestion plutôt qu’une loi. Leh, la capitale, se trouve à 3 500 mètres et impose une journée d’acclimatation qu’on passe le mieux à flâner dans son bazar, à visiter le palais de Leh, et à boire du thé au beurre pendant que le corps s’habitue à disposer de nettement moins d’oxygène qu’il ne le souhaiterait.
J’ai atterri à Leh depuis Delhi en avion, ce qui est la version brutale de l’arrivée — une heure depuis les plaines jusqu’à 3 500 mètres, sans ajustement progressif, juste la conscience soudaine que respirer demande un effort et que les escaliers sont devenus votre ennemi. La journée d’acclimatation n’est pas facultative. Je l’ai passée à marcher lentement dans la vieille ville, à visiter le palais de Leh (un cousin plus petit et plus brut du Potala de Lhassa), et à boire du thé au beurre avec une famille ladakhi qui tenait la guesthouse où je logeais. Ce thé s’apprivoise — salé, gras, davantage bouillon que boisson — mais au deuxième bol j’en ai compris la logique : à cette altitude, dans ce froid, on a besoin de matières grasses et de sel bien plus que de caféine. La famille parlait le ladakhi, le hindi, et assez d’anglais pour faire passer l’essentiel : manger lentement, boire de l’eau, ne pas grimper les escaliers trop vite, et revenir pour le dîner.

Les paysages sont le grand attrait, et ce sont des paysages qui font douter de la capacité de ses propres yeux. Le Pangong Tso, le lac qui s’étire jusqu’en Chine, change de couleur du bleu au vert puis au gris selon la lumière et l’heure de la journée — j’ai passé deux heures assis sur sa rive à le regarder glisser entre des teintes que je n’avais pas de mots pour nommer. La route qui y mène, par le col du Chang La à 5 360 mètres, traverse un terrain si aride et si vaste que la piste ressemble à un trait de crayon tiré sur la surface de Mars. La vallée de Nubra, accessible via le col du Khardung La, offre des dunes de sable et des chameaux de Bactriane à deux bosses qui semblent avoir erré depuis un autre continent. La juxtaposition des chameaux et des sommets enneigés est si surréaliste qu’elle paraît mise en scène, comme si quelqu’un avait conçu un paysage exprès pour désorienter les photographes.

Le monastère d’Hemis accueille chaque été un festival de danses masquées qui attire des moines de toute la région, leurs costumes et leurs masques représentant dieux et démons dans un spectacle à la fois sacré et théâtral. Le monastère de Thiksey, perché sur une colline au-dessus de la vallée de l’Indus, est souvent comparé au palais du Potala et mérite une visite avant l’aube — regarder le soleil se lever depuis son toit-terrasse, avec les moines qui chantent en dessous et la vallée qui vire à l’or, est l’un de ces moments pour lesquels on voyage. Les routes ici — en particulier la route Manali-Leh — comptent parmi les plus spectaculaires et les plus terrifiantes du monde, et je le dis en tant que quelqu’un qui a conduit sur les routes de montagne du sud du Mexique. Le Ladakh ne s’adapte pas à vous. Il exige. Et ce qu’il offre en retour — le silence, la démesure, un ciel si chargé d’étoiles qu’il en paraît encombré — vaut chaque souffle que l’on peine à trouver.

Quand y aller : De juin à septembre, quand les cols sont ouverts et le temps clément. Juillet et août correspondent au festival d’Hemis. Le reste de l’année, la plupart des routes ferment et les températures plongent bien en dessous de zéro.