Les Hongrois appellent le Balaton leur mer, et dans un pays enclavé, cette dévotion se comprend. Le lac s’étire sur soixante-dix-sept kilomètres à travers la campagne de Transdanubie, et quand je l’ai aperçu pour la première fois depuis la fenêtre du train — une nappe d’argent sous un ciel couvert, impossiblement plat, s’étirant jusqu’à une ligne d’horizon qui aurait pu être l’Atlantique — j’ai compris cette possessivité. Ce n’est pas un lac pour les Hongrois. C’est une mémoire collective. Chaque famille a une histoire de Balaton, un été au Balaton, une romance au Balaton.
La rive sud est plate et familiale — plages larges, entrée en pente douce, villes balnéaires comme Siófok où la vie nocturne bat son plein et l’ambiance est plus Ibiza que ce à quoi je m’attendais d’une Europe centrale enclavée. Mais la rive nord, c’est là que le paysage devient intéressant : collines volcaniques, villages viticoles, et la presqu’île de Tihany qui s’élève au-dessus de l’eau avec son abbaye bénédictine et ses champs de lavande qui parfument l’air en juin.

Vin, volcans et piste cyclable
La région viticole de Badacsony grimpe les pentes d’un volcan éteint sur la rive nord. Le sol volcanique produit des blancs distinctifs — Olaszrizling et Szürkebarát — qu’on déguste au mieux sur les terrasses à flanc de coteau surplombant le lac. Je me suis assis sur l’une de ces terrasses au coucher du soleil derrière la rive opposée, un verre de vin qui avait le goût de pierre volcanique et d’herbe d’été, et j’ai pensé : c’est ce que les Français feraient de ce paysage, sauf que les Hongrois sont arrivés avant et facturent une fraction du prix.
Tihany elle-même est un village parfumé à la lavande avec des vues dans toutes les directions. L’extrémité ouest du lac, autour de Keszthely et de son palais Festetics, a un air presque aristocratique. Des pistes cyclables font le tour complet du lac — un parcours plat et gérable à travers villages, vignobles et roselières que j’ai bouclé en une journée, même si deux auraient été plus sages et moins douloureux.

Quand y aller : De juin à août pour la baignade. Fin septembre pour les festivals des vendanges et la lumière dorée sans la foule.