Un macaque de Barbarie assis sur les rochers calcaires du Haut-Rocher avec le détroit de Gibraltar et le Maroc visibles au loin
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Réserve Naturelle du Haut-Rocher

"Les macaques se fichent de ton billet de téléphérique et de ton selfie stick — ici, c'est eux qui commandent."

Le téléphérique vous dépose à la station sommitale et le monde se réorganise aussitôt. La ville disparaît en contrebas, le Détroit s’ouvre devant vous, et un macaque de Barbarie de la taille d’un petit enfant passe en trombe devant votre visage sans vous accorder un regard. J’avais lu des choses sur les macaques avant de venir à Gibraltar. Je n’étais pas préparé aux macaques. Ils ne sont pas apprivoisés, ils ne jouent pas la comédie — ils vivent simplement leur vie sur ce plateau calcaire comme si les trois cent mille touristes annuels n’étaient qu’une légère nuisance saisonnière, comme le pollen. L’un d’eux s’est assis sur la rambarde à côté de moi et m’a regardé avec une indifférence totale, puis a tendu la main pour essayer d’ouvrir la poche de ma veste.

Des macaques de Barbarie rassemblés sur des rochers calcaires avec la Méditerranée bleue s'étendant derrière eux

J’étais monté en fin d’après-midi délibérément, suivant les conseils d’un barman en ville la veille au soir. Les groupes de touristes montent vers onze heures, m’avait-il dit — allez-y à seize heures et la montagne est à vous. Il avait raison. Le temps que je parcoure les chemins de la Réserve Naturelle, la lumière était devenue ambrée et le rocher rayonnait la chaleur accumulée pendant la journée. La végétation ici surprend ceux qui s’attendent à un piton dénudé : garrigue méditerranéenne, olivier sauvage, figuier de Barbarie, romarin si épais qu’on le sent à dix pas. Une vraie flore adaptée au calcaire et au vent salé, pas la verdure aménagée d’en bas à l’Alameda. Et le silence entre les rafales — ponctué seulement par les conversations gutturales des macaques et le ronronnement lointain d’un cargo dans le Détroit.

Vue panoramique depuis le sommet du Rocher de Gibraltar montrant la baie d'Algésiras à l'ouest et la Méditerranée à l'est

Depuis le belvédère sommital, la géographie de ce coin du monde devient soudainement, physiquement compréhensible d’une manière qu’aucune carte ne parvient vraiment à restituer. À l’ouest, la baie d’Algésiras — le cœur industriel de la côte espagnole, des porte-conteneurs mouillant au large en rangées comme du bétail qui attend. À l’est, la Méditerranée, plate et d’un bleu saisissant, s’étendant jusqu’où Ceuta interrompt le littoral nord-africain. En bas, l’étroit isthme de Gibraltar : la piste de l’aéroport qui le traverse à angle droit par rapport à la route principale, le poste frontière, l’Espagne immédiatement au-delà. Tout l’impossible agencement de cet endroit prend sens d’ici-haut d’une manière qu’il n’a pas depuis la rue. On comprend, debout sur ce rocher, pourquoi des empires se sont battus pour lui pendant trois cents ans.

Quand y aller : La réserve est plus gratifiante de septembre à novembre quand les températures sont douces, la visibilité tend à être excellente et les macaques sont plus actifs sans la chaleur écrasante de l’été. Évitez le milieu de journée en juillet et août quand le nuage de Levante peut s’installer au sommet pendant des heures — les vues disparaissent entièrement et les sentiers deviennent étrangement claustrophobiques dans la brume tiède.