Munich est la ville la plus agréable à vivre en Allemagne — prospère, ordonnée, belle, et dotée d’une culture brassicole si profondément enracinée qu’elle fait office de religion civique. L’Englischer Garten est plus grand que Central Park, avec une vague de surf sur la rivière et des jardins de bière à l’ombre des marronniers où un litre d’Augustiner coûte moins qu’on ne l’imaginerait pour quelque chose d’aussi parfaitement élaboré. Je me suis installé dans le jardin de bière du Chinesischer Turm un après-midi de juin, entouré de familles, d’étudiants et de couples âgés qui viennent manifestement ici depuis des décennies, et j’ai compris pourquoi Munich trône régulièrement en tête des classements de qualité de vie : la ville a trouvé le moyen de conjuguer l’efficacité allemande avec quelque chose qui ressemble presque à une joie méditerranéenne dans son attachement au plaisir en plein air.
L’Altstadt s’articule autour de la Marienplatz, où le Glockenspiel exécute son ballet mécanique à onze heures chaque matin. La Residenz — l’ancien palais royal — est une accumulation vertigineuse de salles, chacune plus ornementée que la précédente ; le plafond voûté de l’Antiquarium vaut à lui seul le déplacement. L’Alte Pinakothek abrite Dürer, Rubens et l’une des plus belles collections de peinture européenne hors de Paris — affirmation que je fais en tant que quelqu’un qui a grandi au Louvre et qui ne la formule pas à la légère.

Mais le vrai caractère de Munich émerge dans ses quartiers : les cafés intellectuels de Schwabing où Thomas Mann tenait autrefois salon, les marchés paysans de Haidhausen le samedi matin, les étals en plein air du Viktualienmarkt où la saucisse blanche se mange avant midi, comme le veut la tradition. J’ai commis l’erreur de commander une Weisswurst à 12h30 et j’ai reçu du vendeur un regard qui communiquait, sans un mot, que j’avais commis une offense culturelle à peu près équivalente à commander du vin rouge avec du poisson à Bordeaux.
La proximité des Alpes est l’arme secrète de Munich. En moins d’une heure, on peut se retrouver à marcher au-dessus de la ligne des arbres, debout sur une crête avec des vues jusqu’en Autriche, à manger du Kaiserschmarrn dans un refuge de montagne où le seul bruit est celui des cloches de vaches. La ville existe en dialogue permanent avec les montagnes — par temps clair, on aperçoit les sommets depuis les jardins de bière, rappel que Munich offre à la fois la civilisation et la nature sauvage, sans vous demander de choisir.

L’Englischer Garten mérite une journée entière. Au-delà des jardins de bière et des surfeurs sur la vague de l’Eisbach, des chemins serpentent à travers des prairies où les habitants se font bronzer avec une désinvolture vis-à-vis de la nudité qui surprend encore les visiteurs venus de cultures plus pudiques. J’ai marché deux heures et je me suis retrouvé au Kleinhesseloher See, un lac avec un jardin de bière sur sa rive, et j’ai pensé : voilà ce que pourraient être les villes, si elles décidaient de faire de la joie une priorité.

Quand y aller : De juin à septembre pour les jardins de bière et les excursions dans les Alpes. Fin septembre arrive l’Oktoberfest — réservez votre hébergement des mois à l’avance et préparez-vous à des foules qui redéfinissent le mot. Le Christkindlmarkt de décembre sur la Marienplatz est enchanteur, le sapin illuminé sur fond gothique du Neues Rathaus.