Lübeck
"Les sept clochers de Lübeck veillent sur les routes commerciales de la Baltique depuis huit siècles sans jamais se lasser."
Il y a une qualité particulière à la lumière de Lübeck au début du mois d’octobre — fine et blanche, le genre qui fait briller la brique comme si elle était chauffée de l’intérieur. Je suis arrivé en train depuis Hambourg un mardi matin et je suis sorti du Hauptbahnhof dans une ville qui semblait avoir été soulevée d’un bloc depuis le XIVe siècle et reposée là, avec soin, sans déranger le moindre ornement.
Une île tenue par la brique et la mémoire
Lübeck est posée sur une île ovale entre les rivières Trave et Wakenitz, et l’effet de cette géographie est que la ville se replie sur elle-même — on revient aux mêmes ruelles sans l’avoir cherché. J’ai passé la première heure à me perdre dans Mengstraße, qui est précisément là que Thomas Mann est né, et où la maison familiale, le Buddenbrookhaus, dresse sa pâle façade baroque en cachant les angoisses marchandes d’une dynastie entière. Mann hante Lübeck comme Kafka hante Prague — pas de manière oppressante, mais persistante, une ombre au bord de chaque cour intérieure.
La Marienkirche ancre la silhouette de la ville depuis tous les angles. À l’intérieur, les cloches tombées lors du bombardement de 1942 reposent encore sur le sol de la nef, exactement là où elles ont atterri, enchâssées dans la pierre comme un mémorial d’une brutalité absolue. Lia est restée longtemps debout à côté de l’une d’elles sans parler. Il n’y a rien à dire, au fond. Le poids de ce fer parle de lui-même.
La surprise cachée du Gangeviertel
Ce que je n’attendais pas, c’est le Gängeviertel — les anciens passages marchands qui s’insinuent entre les rues principales, si étroits que les entrepôts à pignons se frôlent presque au-dessus de nos têtes. Ce sont les couloirs de stockage de l’économie hanséatique, et les arpenter sous la pluie, avec l’odeur de brique mouillée et quelque chose de vaguement fermenté dans l’air, m’a donné la sensation réelle d’être arraché au XXIe siècle. L’une de ces ruelles, Petersgrube, débouche soudainement sur un petit espace vert et une vue sur l’abside de la cathédrale qui m’a stoppé net. Je ne l’avais pas vue venir du tout.
Le massepain, sérieusement
Le massepain n’est pas une plaisanterie pour touristes. Niederegger, sur Breite Straße, en fabrique depuis 1806, et ce qu’ils vendent — dense, à peine sucré, avec un bord franc d’amande — ne ressemble en rien aux versions écœurantes que j’ai dû tolérer enfant en France. J’ai acheté un petit rouleau et en ai mangé la plus grande partie sur un banc devant la Holstentor, en regardant les bateaux de tourisme glisser lentement sur la Trave. Les deux tours du portail penchent légèrement l’une vers l’autre comme pour se concerter, résultat de plusieurs siècles d’enfoncement dans un sol mou.
Quand y aller : De fin septembre à début novembre, avant que les foules des marchés de Noël n’arrivent et tandis que la brique conserve encore un peu de la chaleur de l’été. La lumière est la plus belle le matin, avant que la brume ne se lève tout à fait sur la Trave.