Le Schwarzwald mérite son nom. Les pins poussent si serrés et si hauts que la canopée bloque le soleil, créant un crépuscule permanent sur le sol de la forêt qui nourrit les imaginations depuis des siècles. Les frères Grimm ont situé leurs contes les plus sombres ici, et en parcourant les sentiers par un matin de brume, on comprend pourquoi — il y a quelque chose d’ancien et de légèrement inquiétant dans un silence aussi profond. J’ai grandi avec ces histoires en version originale française, et me retrouvant dans la vraie forêt à sept heures du matin, le brouillard s’enroulant entre les troncs, j’ai ressenti le frisson précis que Grimm avait voulu provoquer. La forêt n’est pas hostile. Elle est indifférente. Ce qui est pire.
Le Westweg, l’un des plus anciens et des plus beaux sentiers de grande randonnée d’Allemagne, court sur 285 kilomètres de Pforzheim à Bâle, traversant toute la Forêt-Noire du nord au sud. Inutile de marcher d’une traite — des sections d’une journée entre villages sont tout à fait accessibles, chacune se terminant dans un Gasthaus où la bière est locale, le Schwarzwälder Schinken est fumé sur place, et les lits ont des couettes si épaisses qu’elles constituent un argument doux mais ferme contre tout départ.

Fribourg-en-Brisgau, à l’extrémité sud, est l’une des villes les plus ensoleillées et les plus charmantes d’Allemagne, avec une cathédrale gothique dont Burckhardt a dit que la flèche était la plus belle tour de la Chrétienté, et une place du marché qui vend du jambon de la Forêt-Noire et de la Schwarzwälder Kirschtorte — l’authentique gâteau aux cerises, qui n’a presque rien à voir avec les versions industrielles vendues ailleurs. Le gâteau ici est alcoolisé, sombre et sérieux. Comme la forêt elle-même. Les Bächle — ces petits canaux qui courent dans les rues de la vieille ville de Fribourg — coulent depuis le Moyen Âge, et la légende locale dit que si vous tombez dedans par inadvertance, vous épouserez un habitant de Fribourg. J’y suis tombé. Je reste non marié à un Fribourgeois, mais le charme de la ville a failli me faire reconsidérer la chose.
Le Feldberg est le point culminant à 1 493 mètres, offrant des panoramas sur les Alpes suisses par temps clair. Les fermes traditionnelles avec leurs énormes toits en pente ponctuent les vallées en contrebas, beaucoup reconverties en maisons d’hôtes où le petit-déjeuner comprend des charcuteries fumées, du pain frais et des confitures maison qui justifient à elles seules le voyage. Les chutes de Triberg — les plus hautes d’Allemagne — dévalent 163 mètres à travers une forêt si dense que les embruns ne sèchent jamais tout à fait sur les rochers alentour.

La tradition des coucous, qui paraît kitsch jusqu’à ce qu’on visite les ateliers où ils sont encore fabriqués à la main, est centrée autour de Schonach et Triberg. J’ai regardé un horloger sculpter un oiseau en bois de tilleul avec les outils qu’avait utilisés son grand-père, et la patience que cela exige — chaque horloge demande des semaines — m’a rappelé que la culture de la Forêt-Noire, comme ses arbres, fonctionne à une échelle temporelle que le monde moderne a largement abandonnée.
Quand y aller : De mai à octobre pour la randonnée, quand les sentiers sont dégagés et les vallées verdoyantes. De décembre à février pour le ski de fond et les villages enneigés où le Glühwein a meilleur goût parce que le froid l’exige.